| Journal : Epilogue Ca y est nous avons poussé la porte de notre maison abandonnée aux rongeurs et insectes de toutes espèces depuis un an. Heureusement un premier décrassage a été entrepris par un voisin avant notre retour. Le soleil et la lumière du sud, peut être aussi le bonheur dêtre de retour nous ont rendu aveugles. Les enfants courent dans leurs chambres et vident les armoires. Je reste un peu interloqué devant mon armoire à chaussures. Il y a la cinq paire de chaussures... et pourtant je n'ai que deux pieds ! Je comprends qu'il va nous falloir ré-apprendre à vivre. Les mois qui suivent furent un grand silence, et d'ailleurs nombre d'entre vous se sont demandés pourquoi nous avions interrompu notre journal. Nous avons toujours été francs et honnêtes sur la route, restons le ! Nous sommes le 16 octobre, les enfants sont à l'école, j'ai retrouvé mon emploi dans ma petite maison d' édition qui m'avait en quelquesorte "donné congés" pour écrire et réaliser un guide. Le livre est imprimé, je l'ai sous les yeux. Il nous correspond bien : professionnel et précis mais pas sérieux. Avec les photos les encadrés et les dessins des enfants il ouvre la porte de cette aventure vécue que vous avez suivie dans ce journal. Sur la route nous avons surtout appris à rester modestes, simple et petits devant les situations qui se présentaient à nous. Mis a part dans un noyau protégé d'affection (la famille, les amis, les proches...), nous avons été frappé d'emblée par le climat de violence qui règnait en France. Violence sociale, (les pauvres sont encore plus pauvres avec l'Euro c'est évident), violence raciale, (le délit de sale gueule à encore progressé), violence politique, (on s'injurie, on se trahit !), violence commerciale (tout s'achète, mais surtout tout se vend, neuf ou d'occase)... Vue de loin la France nous semblait tellement différente ! C'est sans doute cela les yeux de l'amour. Bref l'atterissage fut raide. D'autant que les factures nous attendaient elle aussi dans la boite au lettres. Mais le plus important pour moi fut l'impression d'avoir "perdu le mode d'emploi". Finalement la vie sociale (et aussi professionnelle) est un ensemble de compromis que nous acceptons autant par habitude que par soumission. Or nous revenions libres et neufs. Comment cela allait il se passer ? D'antant qu'en grand anxieux (vous avez appris à me connaître) j'avais tout calculé pour me remettre au boulot rapidement, faciliter ma réinsertion et ne pas me balader pendant quinze ans avec des chemises à fleurs.... Finalement après trois mois, après avoir bossé sur le bouquin comme un nègre, après avoir sué pour reprendre ma place au boulot sans commettre trop d'impairs ou de bévues, j'ai enfin pris conscience d'un truc qui m'avais échappé auparavant Pourquoi faire semblant d'être et de vivre comme tout le monde alors que nous étions déjà considérés comme "décalés" avant de partir. Voyez plutôt : nous vivons dans un village paumé en Cévennes, nous avons adopté trois enfants, j'ai traversé une maladie qui ma laissé pour mort au yeux de la médecine il y a dix ans, nous avons l'air de croire en Dieu et nous avons six enfants.... Qui peut encore nous considérer comme sérieux. Avec ce voyage nous avons sans doute franchi la dernière ligne jaune. On ne part pas comme ça se balader autour du monde avec six enfants impunément.... que le ciel nous tombe sur la tête ! Alors nous allons essayer de résister sans choquer, de créer un monde plus fraternel plutôt que d'en parler. Bref nous allons essayer d'être nous mêmes tout simplement, sans provocation sans étiquettes et sans faire valoir. Rien à pourver, tout à éprouver. C'est peut être la grande leçon à retenir de ce voyage. Et comme me le glissait inisdieusement à l'oreille un vieux voyageur. Chaque fois que je rentre, mon regard se révolte sur ce que je vivais avant. Quelques mois ou quelques années plus tard, tout me semble redevenu normal. C'est alors qu'il est temps de repartir.
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