Name: autour du monde
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Subject:

Pérou

Date: Décembre du 15 au 31 , 2005

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16/04/06 au 30/04/06 01/05/06 au 15/05/06 16/05/06 au 30/05/06 épilogue

Jeudi 15 décembre
Nous décidons de ne pas appeler le foyer (comment expliquer notre situation au téléphone?) mais de nous y rendre directement avec deux taxis (de jour les taxis ne veulent plus nous charger a huit avec nos sept sacs à dos dans une seule voiture). Nous arrivons vers 11 heures au Foyer de Charité. Nana beneficie de la présence d'un petit rio qui en fait une sorte d oasis au milieu de montagnes de pierres et de sable. L'endroit est pauvre et désert, tout au plus quelques baraques le long de la panaméricaine. Le Foyer est un peu en retrait de la route, il se presente comme une forteresse avec ses miradors. L'emplacement jouxte plusieurs autres congregations, elle aussi retranchées derrière de haut murs. Mais une fois la porte de fer franchie, le collège est plein de vie et de couleurs, les enfants nous sourient au milieu de parterres remplis de fleurs orange et mauves. Sacs au sos, nous remontons une longue allée encadrée de fleurs et de bananiers avec un peu d' appréhension, en perspective, une facade en trompe l'oeil rappelle la maison de Marthe Robin à Chateauneuf de Galaure, berceau de cette oeuvre. Le père Duval est dans son bureau, il nous accueille dans une minuscule pièce a l'ombre, nous écoute et nous confie au grâces de Judith qui propose de nous loger "à la chapelle", en fait un dortoir d'une dizaine de lits qui jouxte la chapelle de notre communauté. Nous avons un toit et un lit et nous sommes ravis. En plus c'est l'heure du repas et nos places ont ete mises dans la cuisine où la communauté se restaure. Pour l'instant il n'y a pas de retraite et nous sommes seuls avec les quesques "amis" de passage dans la communauté.
L'apres midi, repus et fourbus, nous déballons nos sacs, encore abasourdis par la tournure rapide des événements. Avec les enfants nous montons sur la colline sur laquelle s adosse le foyer. La communauté y a installé un chemin de Croix et près du sommet, une grande croix illuminée. La vue embrasse toute une vallee grise perdue dans le brouillard. En face des inscriptions politiques sont peinte directement sur la montagne. Une équipe de jardiniers s'affaire autour des massifs, dans quelques jours c'est Noël, puis la grande retraite de silence de debut janvier. Plus de 400 enfants sont attendus pour le "gouter de Noël" samedi et au moins 100 retraitants début janvier... le calme avant la tempète !

Vendredi 16 décembre
Lever tôt avec la communauté. Petites taches matérielles avant de partager la messe avec les élèves du collège dont c'est le dernier jour avant les grandes vacances. Elèves en uniformes, professeurs également, la mission pédagogique du collège constitue la grosse activité du foyer qui ne compte en tout que six membres : Le père Duval, Judith que je qualifierais d'intendante générale, Arturo qui nous accompagnera dans les chants et les psaumes, Anita qui semble régner dans la cuisine, Sonia qui va et qui vient entre tous, et enfin Lucho qui dirige le collège.

Samedi 17 décembre
Messe a 7 heures avec la cummunauté, Laurence et moi y allons seuls profitant ce ce que notre dortoir jouxte la chapelle. Nous sommes tous deux émus de nous trouver pour une fois sans enfants dans un office si simple, il y aurait il un temps pour nous ici ? Pendant la matinée, nous bougeons beaucoup de chaises et décorons la salle destinée a accueillir les enfants pour la fête prévue à 15 heures. Les familles arrivent après le repas, attirée par la promesse d'un chocolat chaud, d'un paneton et d'un cadeau pour les enfants. J 'ai déjà vecu cela il y a quinze ans au Chili. Les sentiments sont partagés entre la joie de l'instant et le sentiment de vider la mer avec une petite cuillère tant le manque de l'essentiel apparait flagrant pour chacune des familles présentes. Nous participons au spectacle en improvisant une petite chanson et en figurant la crèche dans une saynette; Séraphin est un Jesus tres actif, mais les enfants sont enchantés de voir un tel poupon au mèches blondes. Vient le moment de la distribution des cadeaux. En rang par âges les enfants font la queue, puis tentent de se faufiler a nouveau dans la file. Nous nous improvisons gardes chiourmes, Syméon prenant beaucoup de plaisir a démasquer les fraudeurs. Mais pour la grande majorité des enfants, la petite auto en plastique, le petit train, la poupée ou le ballon, laisse éclater sur les visages barbouillés de chocolat et de poussière un sourire de contentement rare .Ce jour est un rayon de soleil dans des enfances que l'on devine très austères.

Dimanche 18 décembre
Il y a messe de premières communion aujourd'hui, les enfants sont chics, habillés comme pour un petit mariage. Séraphin a trouvé un autre petit garçon de son âge au foyer : Pierro Martin. Il découvre avec lui toute une panoplie de nouveaux jouets qu'il traine à travers la cuisine et la buanderie pendant que Laurence donne le coup de main. A midi le repas est un peu plus festif, comme tous les dimanches quelques familles pauvres viennent prendre "un vrai repas" au foyer. Pendant l'aprés midi, les femmes, souvent abandonnées de leur maris, viendront parler de leur misère avec le Père qui les écoute et le réconforte comme il peut. Il ma raconté une peu de leur histoire à chacune. Des vies malheureusement banales dans leur extrème pauvreté et dénuement. Seul le lien avec le foyer leur permet sans doute de rester "honnêtes" et de ne pas "faire la manche". En vendant quelques bricoles ou sucreries dans les bus à Lima, elles ont l'illusion d'un travail. Mais a quel prix ? Cette vente est périlleuse ( j'ai vu pour la première fois un cadavre d'un jeune homme allongé sur la route, happé entre deux bus) et exténuante. Elle est aussi sans profit. La misère et l'insécurité sont si grandes au Pérou qu'elle apparait sans issue autour des grandes villes, à peine surmontable dans les campagnes . Pour entrer dans Lima, un desvio contraint les bus a traverser le quartier du marché au fruit qui jouxte celui des ferrailleurs et une brocante improvisée qui n'est que l'antichambre du ramassage des poubelles. Au milieu des tas de poupées brisées, des fanes de légumes et des plastiques divers, j'ai vu bouger un membre humain, un homme sans doute, dors ou git là dessous mèlant sa crasse à celle de la ville. Je détourne mon regard. Mais je ne peux en détourner mon esprit. Comme celle du cadavre de ce jeune homme sur la route, je sais que longtemps cette vison me hantera.

Lundi 19 décembre
Aujourd'hui, c'est au tour des professeurs de dire un adieu au Foyer pour les grandes vacances. En fait certains d'entre eux reviendrons la semaine prochaine pour la retraite, chacun d'entre eux doit en effectuer une par an pour rester dans l' esprit du Foyer et beaucoup choisissent cette période du début d'année. Chacun participe a un échange de cadeau et le Père nus demande à Laurence et à moi de temoigner de notre voyage et de leur répeter les paroles de confiance que nous avons déjà exprimées pour parler de cette expérience. "N'ayez pas peur... et tout deviendra possible". L'après midi, les enfants assistent à la tonte (aux ciseaux) des lamas et des moutons.Ils sont heureux dans ce jardin paisibleet gardé.

Mardi 20 décembre
Le père nous a proposé de nous rendre à Lima avec Judith pour "effectuer quelques courses". En fait avec la camionette du foyer nous effectuons une sorte de visite de la ville. Après un rapide passage dans un centre commercial, nous nous rendons au sanctuaire de Ste Rose de Lima (où les enfants sont surpris par la taille de son ermitage) puis dans des petites rues commercantes.Ensuite nous effectuons une halte au marché artisanal dans le quartier de Miraflores. A Midi sur les conseils de Consuelo, nous invitons Judith et le chauffeur (le frère d'Anita) dans un restaurant de poisson. Sur le retour Judith semble décue de ne pas pouvoir effectuer le "circuit des plages" en travaux. En fait je pense que cette "visite classique" permet aussi à Judith d'acheter ses petits cadeaux de Noël pour la communauté et d'observer nos goûts a la dérobée. Nous terminons donc notre visite par un grand supermarché dans lequel Suzanne rencontre son premier Père Noël. Il est barbu, lui parle anglais et lui offre des bonbons. Spontanée comme toujours Suzanne marche à fond dans la combine...

Mercredi 21 décembre
Noël approche et je m'inquiète pour la voiture. Après le petit déjeuner et la messe, je pars donc pour Lima ou plus exactement Callao où se trouve mon correspondant pour la voiture. Le trajet dure plus d'une heure et demie, d'abord en moto taxi pour le premier kilomètre jusqu' à la "carretera central" où il faut sauter dans une minibus pour le centre (2 de Mayo). Une heure de route aussis ou debout (mais c'est aussi inconfortable avec les écarts et les coup de freins à chaque arrêt) avant d'entrer dans les faubourgs et les embouteillages. Une puanteur intoxicante de diesel et d'essence nous distrait de l'odeur des poubelles. Puis on entre dans les grandes avenues propres et désertes. De la je reprends un bus vers Callao où une double voie traverse des zones d'entrepôts jusqu'à La Punta et la douane. A l agence c'est une jeune femme qui est chargée de mon dossier, l'excellent travail de Briseida à Panama me fait penser que c'est plutôt de bon augure. Mais je me rends compte que derrière son "pas de problème, je m'occupe de tout" mon dossier diffère beaucoup de ceux dont elle a l'habitude. Je sens venir les complications, d'autant que le bateau qui devait arriver le 19 décembre n 'est entré a quai que dans la nuit et que le Land Rover ne figure pas encore sur les listes informatique des douanes, ce qui empêche le commencement des procédures.

Jeudi 22 décembre
Ce matin nous enregistrons l'emission radio directement depuis le Foyer, Servanne nous demande de souhaiter Noël aux auditeurs et nous en profitons pour parler dela fête de Noël anticipée que nous avons vécue ici avec les enfants pauvres. Il ya tellement de différence : ici le soleil et la misère et la bas la neige et les lumières... Ensuite Laurence part visiter avec le Père un foyer d'enfants voisin ainsi que le chantier d'une nouvelle congrégation. Quant à moi je repars à Lima immédiatement pour tenter d'initier le dédouadement du véhicule au plus vite. Je rentre à 18 heures. Après plus de quatre heures passées dans le bruit et la circulation et deux heures a attendre dans le bureau de l'agence, je suis juste bon à revenir le ledemain. Seule bonne nouvelle du jour, Philippe Bossut nous a confirmé qu'il arriverait bien à Lima demain midi et donc au Foyer vers 17 heures.

Vendredi 23 décembre
Je repars vers Lima au lever du jour pour être au bureau à 8 heures. En fait j'attends 9 h 30 que ma correspondante arrive au travail puis 10h30 que mon "intermédiaire" viennent me chercher. A 11 heures nous entrons enfin dans l'enceinte des douanes. Malgré cela Victor semble confiant. Il déchante vite lorsque l'on nous informe qu'il faudra passer deux fois les douanes, une fois pour le véhicule et une fois pour le chargement. A 14 h nous tentons le forcing mais la moitié des agents en douanes sont déjà "en disponibilité". Désolé, Victor me donne rendez vous lundi matin à huit heures. Je rente le soir un peu abattu, car en fait rien n'a pu être fait, un problème de poids à vide du véhicule sur la carte grise intrigue les douaniers par rapport au pesage du containeur (bien évidemment puisqu'il est chargé des bagages dont ils ne veulent pas entendre parler pour la première inspection ! ) le dossier est tout simplement bloqué. Je ne suis pas optimiste malgré mon calme du aux excellents livres de prière que m'a confié le père et que je lis au cour des trajets, du coup un peu moins éprouvants.
Les enfants sont déçus Philippe n'est pas arrivé et il n'a pas appellé. Pour eux je me veux rassurant mais je me demande que qui a bien pu lui arriver. Le soir au repas Judith nous dis avoir reçu un message dans lequel il parle d'un retard de l'avion. Nous nous couchons en nous disant qu'il sera là demain.

Samedi 24 décembre
Pendant le petit déjeuner Philippe arrive au bout de l'allée avec pour seul bagage un petit sac ; son sac a dos s'est perdu au Brésil et la compagnie lui a assuré qu'elle le livrerait cette après midi directement à Nana. Je rigole, un peu désabusé. Heureusement j'ai eu le temps de m'arrêter la veille pour acheter quelques cadeaux pour les enfants, (j'avais demandé à Philippe de "faire le Père Noël cette année!), mais il est arrivé sans sa hotte ! Le matin il repart avec Laurence à Nana pour quelques emplettes rapides pendant que je m'occupe de changer des lampes électriques (j'avais promis de le faire en fin de semaine !)
Aprés une sieste et un lunch, nous nous déguisons une nouvelle fois en la Sainte famille pour accueillir les pélerins pour la messe de minuit (à 9 heures).
Nous partageons ensuite un repas de Noël dans le petit salon. Les enfants épuisés s'endorment dans le canapé mais à minuit tout le monde échange des cadeaux. Et, surprise, nous recevons chacun notre petit cadeau de la communauté. Nous avons décidé de laiser une icone de la Vierge de Guadalupe achetée à Mexico en souvenir symbolique de notre passage ici et de notre périple. Nous offons aussi nos petits cadeaux aux enfants qui avec ceux de Philippe (ceux du petit sac car le grand n'est effectivment pas arrivé !) finissent par faire profusion.
Nous remontons nous coucher avec Philippe dans notre dortoir, la tête pleine de lumière d'amitié et de chaleur fraternelle.

Dimanche 25 décembre
Réveil à 6 heures, merci Séraphin ! Douche et messe à huit heure avec la communauté, ce qu'il en reste car Sonia, Arturo et Luchio sont partis dans leurs familles. La journée est calme, à midi les petites familles du foyer comme je les appelle viennent prendre le repas. Nous nous asseyons sur l'herbe et partageons, en profitant d'un soleil très doux. Le soir tout le monde rentre pour le repas et les enfants jouent la saynette qu'ils avaient préparés pour la veille.

Lundi 26 décembre
Judith m'a confirmé que ce jour était férie, je ne suis donc pas parti à 6 heures pour rien et j'appelle le bureau a 8 heure 30 pour me faire engueuler, Victor m'attendait bien a huit heures, les douanes travaillent aujourd'hui. Je saute dans un bus. A dix heures trente je suis devant un douanier furibard qui dit m'avoir attendu deux heures. Je ne dis rien, bien décidé à ne pas me laisser impressionner. L'inspection du véhicule est faite en une minute, histoire de vérifier le numéro de chassis de la plaque et du moteur...(ce que nous faisons nous-mêmes car le douanier est tros gras pour se faufiler dans le containeur ! Véridique !) et on referme le containeur (que je plombe à nouveau par précaution). J'en profite aussi pour récupérer mes clés et constater qu'on ne m'a rien (encore) volé. Nous repartons avec Victor à la chasse au papiers pour la seconde visite. Des heures et des heures à attendre derrière des guichets. A midi je n'ai rien pu avaler, je mets cela sur le compte du stress, mais en fait je crois que je n'ai pas digéré le repas de Noël trop riche après des mois de cuisine basique. Il est dix sept heures, la douane ferme et il nous manque encore un foutu papier pour faire la visite. Je rentre épuisé par la diète et l'incertitude.

Mardi 27 décembre
Je repars a la douane aux aurores. Heureusement Philippe est la avec Laurence et pendant la journée il visitent plusieurs sites voisins. Au moins, il ne subissent pas l'attente. Quant à moi je perd encore une journée. Certes l'inspection est faite par un douanier jeune et au cul serré qui nous demande de tout sortir. Devant le bordel qui s'amoncelle autour du 4x4 il se fache, demande de lui désigner des objets de valeur. Il faut ensuite que j'ouvre tout, jusqu'au boites de crayons de couleur des enfants. Il sent confusément comme moi que n'ous n'allons pas en sortir. IL note alors au crayon de bois quelques objets bien voyants sur une liste : bidon, planche de surf ect... le temps que je remette tout en place seul en suant, il est midi. A 15 heures, le douanier fait savoir à Victor qu'il y a un problème. Il va falloir que je paie des taxes sur certains objets (le pourquoi de la liste) je demande à Victor combien, une centaine de dollars environs, je lui fait signe d'accepter. Nous savons tous que sous couvert de légalité je vais avoir une facture et payer cette taxe à la banque... mais elle ne correpond ni a la réalité, les objets ont été choisi au hasard, ni à ma condition de touriste transitaire. Et pour parfaire son autorité le douanier remplit la procédure, et me la fournit... à 16 heures quinze, soit un quart d'heure après la fermeture de la banque. On annule le camion qui devait chercher le containeur dès la "mainlevée" acquise. Il faudra que je revienne demain. Encore une immense déception... et pourtant Victor me dit que je m'en tire très bien et je sais qu'il a raison. Je n'ai encore pas lâché d'argent et il n'y a en fait que trois jours ouvrables de travail. Mais je ne mange toujours pas.

Mercredi 28 décembre
Départ à l'aube. Cette fois Victor a passé la main a son chef pour conclure, je sens confusément que les choses vont commencer à se chiffrer et je n'ai pas tord. Il faut payer les entrepots pour les jours de stockage de containeur, pour sa double ouverture... Je me suis fixé la limite intérieure a 300 dollars, déjà deux cent de partis sur le parc. Il faut ensuite trouver un camion, payer le chauffeur pour qu'il sorte le containeur, (car on ne permet pas de sortir au volant de mon véhicule, à moins demander une troisième inspection douanière qui ferait la synthèse des deux : véhicule plus contenu, un risque que je ne tenterais pas !). Le camion sort enfin de l'enceinte des douanes, mais il faut louer un parking pour le décharger, payer le chauffeur du clark, descendre le véhicule, et payer le retour du camion et du container. Je discute tous les prix en monnaie locale et négocie. Victor est revenu. Cela sent la fin. Nous montons ensemble dans le Land dont le réservoir est vide. Il m'accompagne jusqu'a une station ou je mets dix litres d'essence, je lui donne le reste de ma monnaie pour qu'il se paye la bière et poisson que nous avions prévu de prendre ensemble. En fait j'ai un double doute doute sur tout ce que j'ai payé. D'un côté je pense que toutes ces sommes (exceptées les "taxes douanières" auraient du faire partie du forfait payé depuis Panama à l'agence ici au Pérou, d'autre part, le travail de Victor ne devait pas faire normalement partie du deal. Je décide de ne pas repasser a l'agence, l'écart ne valant pas la discussion d'un côté comme de l'autre d'ailleurs. Je suis tellement heureux de rentrer avec le véhicule à Nana que je me perds et fais un détour de sept kilomètres pour éviter les quartiers chauds. Il faut dire que même Victor me trouve "gonflé" de traverser Lima seul au volant de mon véhicule chargé. Je confirme... la peur règne en maître ici, mais je n'entrerais pas dans ce jeu.
J'arrive donc a Nana au volant du Land qui fait son effet. En fait, à part Laurence, personne ne croyait possible de le récuperer si rapidement ! Immédiatement, nous nous remettons tous au travail pour boulonner la tente, les malles et les bidons sur le toit de la galerie. Nous décidons de partir dès le lendemain. En effet Philippe n'a que peu de jour à nous consacrer et l'arrivé du Land a créé un changement dont il nous faut profiter; si non, pourquoi partir ? Syméon s'est fait un ami de José le jardinier qu'il ne quitte plus. (Les enfants sont allés le voir tuer le mouton l'autre matin) et ils sont heureux ici. Pourquoi nous relancer sur des routes que nous savons de surcroit très périlleuses au Pérou. Pour marquer le coup, nous partageons quelques photos sur l'ordinateur avec la communauté. Chacun nous confie alors combien notre arrivée les avait surpris et combien notre présence a rendu cette période de Noël particulière et insolite. Quant à nous nous avons trouvé ici le vrai soutien fraternel et spirituel que nous souhaitions pouvoir trouver au Foyer de Charité du Chili, nous ne sommes donc pas surpris mais émus de ces nouveaux liens.

Jeudi 29 décembre
Lever tôt et messe avant le petit déjeuner; Ensuite, nous passons presque toute la matinée à charger et Philippe est parti a la banque pour y chercher l'argent nécessaire à notre participation a la vie du foyer. Ce n'est pas un don, que nous trouverons le moyen de faire un jour, mais c'est que nous avons mangé a huit et même a neuf trois bons repas par jour ! Philippe revient tard et le Père nous convie a un dernier repas. "Vous êtes arrivés un jeudi a mid, il y a quinze jours... et nous ne nous doutions pas alors de tout ce que nous allions vivre ensemble" nous confie t il.
Ca y est il est deux heures une dernière photo dans l'allée puis nous partons. Grand silence dans la voiture, comme à chaque départ. On traverse Lima dans le silence, un peu plus à l'étroit encore que d'habitude avec la présence de Philippe installé devant, alors qu'un des deux grands siege au deuxième rangs avec Laurence et les deux filles.
Le soir nous arrivons a Pisco. L'hôtel dispose d' une piscine, d'un bon garage, et nous nous y sentons en securité. Nous pouvons y faire notre propre cuisine. Philippe a trouvé l'adrese dans on guide en francais (pour une fois) et cela me simplifie un peu la tâche. Nous prenons une grande chambre pour tout le monde. Nous sommes maintenant rodés, même si la présence de Philippe brouille un peu les cartes dans nos rapports d'autorité avec les enfants et dans notre façon de vivre le couple. Laurence décice unilatéralement de faire un régime (je crois suite à ma diète prolongée), ce qui n'est jamais bon signe et augure de moments pénibles à venir.

Vendredi 30 décembre
Nous parton pour Nazca et ces lignes mystérieuses tracées dans le sable il y a près de 3000 ans. Philippe nous sert de guide et c'est sous un soleil claquant que nous nous enfilons une pastèque au pied des miradors qui permettent de voir les lignes de haut. IL est tôt et nous décidons d'engager la montée vers le Macchu Picchu, attiré par les sommets. J'avoue que la présence de Philippe me galvanise car j'aurais pour ma part hésité un peu avant de me lancer dans un col a 4500 metres avec tant d'enfants sans connaître les réactions de chacun. Et mes appréhensions se confirment vite (j'en ai marre de toujours être le rabat-joie de service !). La route est épouvantable et nous arrivons a Puquio sous la pluie, dans la boue. IL fait vingt degrés de moins, l'hôtel n'a pas d'eau et nous mangeons une cuisine douteuse mais chaude pour lutter contre le froid.

Samedi 31 décembre
Curieusement c'est Philippe qui est malade le lendemain. Il s'est vidé pendant la nuit et nous sortons l'infirmerie avant de prendre la route. Il faut avancer maintenant ou décider de redescendre. Je reprends les commandes et un coup d'oeil a la carte me permet d'envisager une vallée deux cent kilomètres plus loin. Nous allons donc passer le col. Nous passons par la pharmacie ou Philippe se fait injecter un médicament (pour etre sûr de le garder); J'en profite pour acheter des pastilles contre le mal des montagnes. Nous montons donc. Séraphin gémit, il n'est pas bien.Selon le médecin Laurence doit sucer des pastilles et l'allaiter, mais je crois qu'il couve plutôt une grippe avec de la fièvre. Tout le monde est KO à cause du mal des montagnes. Je ne dis rien m'ai j'ai peur car mon expérience du "soroche" au Chili il y a 15 ans au Lago Chungara m'avait laissé ivre et incapable de prendre des photos... de là à conduire une voiture dans les virages. Je puise donc dans mon énergie et ne m'arrête pas. Au point de ne pas voir que Philippe doit vomir et qu'il vient de se cogner violement sur la vitre. Pause. Il est évident qu'il ne va pas bien et je sais qu'en Inde l'immodium ne lui avait pas suffit pour enrayer la déshydratation. Il y a de la neige et des lamas ici, il ne faut pas s'éterniser. Heureusement nous entamons la redescente et nous trouvons un hopital dans la première petite ville.
Le médecin reçoit Philippe, lui fait deux nouvelles injections et lui ordonne une heure de repos dans un des lits de l'hopital. Nous sommes un peu redescendus, le soleil nous chauffe à nouveau et nous mangeons donc sur la petite place pendant qu'il dorten luttant pour conserver le moral.
Je vais réveiller Philippe vers quinze heures. Il a meilleure mine. Je décide donc de reprendre la route vers Abancay où nous trouverons une vraie ville et un vrai hôtel. Séraphin m'inquiète, il a de la fièvre c'est évident. Il faut se poser quelquepart de correct. La route longe un rio et nous atteignons facilement la ville. L'hôtel est propre et tandis que Philippe s'ecroule, nous prenons la température de Séraphin qui a 39°: Le réveillon est ajourné faute de participants, nous nous couchons en pensant à tous ceux que nous aimons.

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