|
Mercredi 1 er mars
Le camping au sud de Temuco sur la carretera ressemble un peu à celui dans lequel nous avions rencontré les scouts un peu plus au Nord, mais celui ci est vide et les douches sont sinistres. Nous réorganisons donc le chargement rapidement et reprenons la route vers le Sud. Nous arrivons a Frutillar au bord du lac Llanquihue vers 16 heures. Le camping, sur une pelouse au bord du lac et face aux volcans dont les sommets sont enneigés est superbe. Nous plantons la tente. Les enfants sont décus car nous avions annoncé que dans le Sud nous monterions moins la tente à cause du froid, mais surtout de la pluie. Nous réussissons à contacter nos amis français a Puerto Montt, nous les verrons demain. Ravitaillement dans la petite ville de Frutillar. La partie cotière du village ressemble a une confiserie sucrée avec ses facades de bois peints et ses vitrines de chocolateries et de salle de the ou l'on déguste une très allemande "Kuchen". De retour au camps, nous gonflons le canoe en perpective d'une exploration des rives du lac demain. Nous jouxtons une ferme de pisciculture et les bassins forment des ilots flottants face à nous. Le soir les volcans enneigés se teintent d'orange a la façons "logo de la Paramount" en grand écran comme le disent les enfants. Nous avons monté les petites tentes en prévision de la pluie et je couche donc sur le toit de la voiture avec Adelaide, toujours ravie.
Jeudi 2 mars
Il fait froid, brumeux et venteux quans nous nous levons. Nous troquons donc nos tenues d'été contre nos tenues d'hiver. Nous réussissons à établir un contact avec la radio, essentiellement pour permettre à Ferdinand de donner des impressions sur Canete, la ville de ses origines. Nous filons ensuite vers Puerto Montt pour retrouver nos amis. Leur fille, adoptée a Puerto Montt il y a seize ans, a éprouvé le besoin de faire un lien avec sa famille génétique. De fait elle a pu retrouver deux de ses frères et elle semble se sentir mieux depuis. Nous expliquons que ni Ferdinand ni Gabriel n'ont exprimé ce désir alors même que nous leur avions proposé (et peut être justement parce que nous leur avions proposé). Si Ferdinand semble aujourd'hui complètement orphelin, il est possible que Gabriel puisse retrouver des demi-frères (même génitrice, autre géniteur) ce qui ne présente à ce jour que peu d'intérêt pour lui.
Nos amis doivent repartir pour Santiago puis la France demain et nous visitons donc ensemble le marché artisanal
sur le port. Je me renseigne sur les horaire de bateau pour Chaiten et la Patagonie. Il y a un bateau qui part mercredi prochain de Quellon, à l'extremité Sud de l'ile de Chiloe. Nous rentrons au camping trop tard pour nous aventurer sur les eaux du lac. Douches, repas et dodo donc.
Vendredi 3 mars
Il fait beau, journée de bateau pour tout le monde à tour de rôle, nous visitons les criques voisines et faisons le tour des installations de pisciculture. Adelaïde se revèle être une bonne rameuse, ce qui lui permet de partir seule avec Laurence. Le soir nous partons au ravitaillement, postant les cours par correspondance de Gabriel et nous achetons des petites chaussure en cuir pour Séraphin. Il était temps, il passe du 18 au 21 d'un coup. Séraphin, s'il ne parle pas encore, comprend tout et sait trés bien dire ce qu'il veut, c'est lui qui me conduira d'un magasin de chaussure à l'autre en me montrant des bottines dans la vitrine; Une fois enfilées et payées, il reviendra les montrer fièrement à sa maman. Il grandit, et avec l'amour de nous tous, il est vraiment très heureux et très souriant. C'est un véritable rayon de soleil, il commence à chanter et à mimer les chansons dans la voiture et à part quelques coup de fatigue et quelques disputes avec Suzanne (qui est justement jalouse et peu préteuse !) je ne l'ai jamais vu grognon ou indifférent à ce que nous vivions. Dans le supermarché une dame explique qu'en Espagnol comme en Français "Sera Fin" veut dire qu'il termine notre famille... nous n'y avions même pas pensé... et pour cause !
Samedi 4 mars
Nous faisons un aller-retour technique à Puerto Montt pour souscrire une assurance obligatoire pour l'Argentine mais l'ordinateur de Falabella, la chaine des grands magasins chiliens, est en panne. Nous achetons donc deux trois bricoles (des chaussettes et des culottes pour les filles qui les usent plus vite que nos previsions) et revenons au camping. Nous profitons ce jour encore du lac et du bateau. Le contraste entre la ville polluée et bruyante et la beauté du lieu est frappante. Une fois encore nous constatons combien nous sommes heureux de vivre proches de la nature. Il y a ici une multitude d'oiseaux marins et de canards qui, bien que bruyants, nous enchantent de leurs acrobaties aériennes et marines.
Dimanche 5 mars
Lever sous la pluie. Horrible. nous remballons tout le matériel, trempés sous nos ponchos. Nous enfilons ensuite les 50 kms qui nous séparent du bac qui doit nous emmener sur l'ile de Chiloé. Le temps est gris avec des bourrasques d'eau, nous ne voyons rien d'autre que le pont du bateau et quelques otaries qui jouent avec la proue. La traversée ne dure pas plus d'une demi-heure et nous nous retrouvons sur l'île, toujours sous la puie. Immédiatement, l'atmosphère change. A croire que la perception change dès que l'on quitte le continent. J'avais déjà percu ce sentiment étrange sur des îles Bretonnes, pourtant tellement proches de la côte. En revanche il semble que la modernité soit restée sur la côte (on parle d'un pont pour aider au développement de l'île), ce qui, en tant que touriste présente son charme : le musée est dans la rue, il suffit d'ouvrir les yeux. Mais même le simple entretien du patrimoine ne semble pas assuré: les églises de bois peints, sans doute classées au patrimoine mondial ou en passe de l' être, n'ont sont même pas été repeintes depuis notre dernier passage... il y a quinze ans! En parlant de souvenirs, Laurence et moi retrouvons intacte l'émotion de notre premier voyage alors que nous ne connaissions pas encore Gabriel. A Castro, je me suis revu exactement sur ce banc en face des Palafitos (maisons sur pilotis) demandant à Laurence ce qu'elle entendait vraiment derrière le terme de bébé (on nous avait presenté un enfant de deux ans que je trouvais déjà très petit pour ma part. Privée de mots par la fatigue et l'émotion elle m'avait alors tendu le couffin que nous avions emporté avec nous. "Un bébé ça doit rentrer la dedans", me dit-elle. Et de me laisser seul sur ce banc, au bout du monde, un couffin de dentelles blanches vide dans les bras, le poids d'une vie sur les épaules et les promesses d'un avenir différent au bout des bras. Toute la fragilité et la force de la vie était posée là sur ce banc. Quinze ans après, c'est toujours la même histoire... hier, aujourd'hui, demain, nous ne sommes à la fois que cendre ou étincelle, c'est selon !
Il pleut encore tellement que Laurence mange dans la voiture pendant que je m'enfile avec les enfants des immenses rations de papas fritas (la patate est la culture traditionnelle de l'île!), nous achetons un saumon fumé (autre spécialité de l'île)
Nous partons à la recherche d'un logement pour la nuit et, pris d'inspiration, nous décidons d'aller loger dans un palafito (après tout voyager c'est aussi créer des souvenirs). En plus ce n'est pas plus cher car c'est ici l'habitat traditionnel et nous voici donc les pieds dans l'eau et les enfants pêchent du balcon avant que la marée ne se retire en soirée. Le pied !
Lundi 6 mars
Il y a un rayon de soleil, ce qui rend à l'île ses couleurs si particulières produite par l'humidité et le soleil raz; Laurence et moi partons visiter un petit musée et les rues de Chonchi pendant que les grands travaillent et pèchent à la ligne, c'est selon ! La pluie redouble, mais il fait bon dans notre palafito et nous avons des réserves de bois. Le poële a bois, un frère jumeau de notre "Godin" national fait partie de la culture de toute la Patagonie et en particulier de l'île de Chiloé ou il a fallu l'importer. On se le passe de génération en génération comme un trésor. A cinq heures du soir, ou à mesure que l'ombre avance sur les ondulations de la côte, on peut voir une à une les petite cheminées de zinc se teinter de fumées bleue un peu stagnantes, au point de voir disparaître dans les brumes tout un hameau avant la tombée du soir. Entre deux averses, nous nous promenons sur les berges de cailloux gris et ramassons des mures.
Mardi 7 mars
Nous partons pour l'extrémité Sud de l'île a Quellon, où nous arrivons à l'heure du déjeuner. L'employé dela compagnie Navimag nous confirme les horaires du bateau et le prix (environs 150.000 pesos, soit 260 euros pour huit heures de traversée avec l'auto !) , mais il n 'y a pas de réservations possibles. Nous partons chercher une cabana sur la rive opposée dela baie, en face du port. La cabanas est "vieillote" et nous patientons pendant que le petit couple y effectue un ménage douteux. Je suis ravi car nous sommes dans une vraie maison chilote sans chichis, une grande baie vitrée en trois pans devant la mer et tout le reste en bois. Je me bats un peu avec le chauffe-eau (je pourrais m'installer plombier à mon retour tant j'aurais d'installations bizarres et saugrenues!) mais nous obtenons l'eau chaude. Quant au poëlle, il est minuscule mais efficace, véritable locomotive miniature... et le vent qui souffle en rafales dehors nous assure un tirage d'enfer. Nous regardons tomber la pluie sur la baie et un à un s'intaller les bateaux à l'ancre pour la nuit pendant que nos grosses chaussettes de laine roussissent autour du feu.
Mercredi 8 mars
Le bateau est prévu pour 12 heures, embarquement à 11 heures, à 10 h 15 nous sommes prêts véhicule chargé, cabanas vidée. La tempête a soufflé toute la nuit et nous ne voyons pas de bateau dans la baie en face. Nous descendons donc aux nouvelles sur le port. L'employé dela compagnie Navimag est brouillon, en fait il n'a pas trop de nouvelles. Il dit que le bateau est resté dans un port à 10 heures de route d'ici. A priori, le vent souffle encore là bas et il n'est pas encore parti. Il nous dit de revenir vers cinq heures pour prendre des nouvelles. Instantanément Laurence et moi décidons de changer notre plan de route. En effet dans le meilleur des cas le bateau partira demain matin, en supposant qu'il arrive ! et nous ne voulons pas passer un journée et une nuit à attendre ici. De plus nous sommes en saison creuse, il y a peu de trafic et deux bateaux par semaine, il est probable que l'on "saute" une rotation et que l'on doive attendre le bateau de samedi. Les enfants sont décus. Mais je leur dis qu'il est possible que nous prenions ce bateau pour le retour si nous empruntons l'itinéraire terrestre par l'Argentine à l'aller. De plus, nous leur faisons miroiter la possibilité de se trouver sur le bateau du détroit pour manger à midi et nous fonçons donc vers le nord pour retraverser l'ile de Chiloe. A 13 heures, nous sommes effectivement devant le ferry qui rejoint Puerto Montt et, coup de chance, nous avons même un petit rayon de soleil pour la traversée de 20 mn. Les enfants peuvent monter sur la passerelle, ils sont contents et oublient un peu leur déception du matin.
Nous remontons vers Puerto Montt, où j'ai décidé de m'arrêter chez Falabella pour contracter une assurance automobile obligatoire pour passer en Argentine. (De toutes les façons mon assurance chilienne se termine le 12 !). Nous remontons ensuite plus au nord vers Osorno pour revenir au niveau du lac Puyuhe et de la passe Cardenal qui permet d'aller en Argentine vers San Carlos de Bariloche.
Nous nous arretons en chemin dans une cabanas (le temps est encore trop menacant pour planter la tente) au niveau du petit bourg d'Entre-Lagos. Nous y mangeons le saumon achete à Ancud pour ne pas risquer que l'on nous le confisque à la frontière !
Jeudi 9 mars
Petit déjeuner avec des beignets à la canelle offert par notre hôte puis nous prenons la route de la frontière. Dans ce paysage de montagne entre deux Parc Nationaux, plusieurs kilomètres séparent le poste frontière de la sortie du Chili de celui de l'entrée en Argentine. Nous nous arrêtons donc pour pique-niquer à l'endroit exact de la borne de séparation, au mileu de rien. Le paysage est grandiose, un pain de sucre de granit s'élance vers un ciel sans nuages. Nous terminons tous les fruits et les denrées fraîches qui constituent toujours des problèmes aux douanes et redescendons vers le poste argentin où l'on ne nous fait pas plus de difficultés que du côté Chilien. Si je compte bien nous en sommes à notre douzième frontière, ce qui nous rends assez décontactés, d'autant que les formalités ont été simplifiées entre le Chili et l'Argentine pour favoriser le tourisme frontalier. L'Argentine nous apparaît immédiatement trés différente, les maisons sont de briques ou de bois vernis et visiblement le touriste (chilien sans doute en majorité pour cause de différence de niveau de vie) est attendu. La première conséquence est que si le camping apparait relativement cher pour huit personnes car il se paye "à la tête" et non a l'emplacement (soit plus de 20 euros pour nous), on peut en revanche trouver des cabanas, véritables petites maisons pour le double voir moins. Cela nous arrange car la saison avance et des pluies abondantes voir même la neige au dessus de 1000 mètres sont devenues possibles. Aujourd'hui le pourtant le ciel est au beau et nous décidons de nous installer dans un camping sur la plage près de Villa Angostura, autant pour faire des économies tant que la météo le permet que pour ne pas installer les enfants dans le confort des draps propres et d'une nouvelle "maison" chaque soir. L'endroit est magnifique sous les pins, nous gonflons le bateau et partons découvrir l'immense lac en prenant soin de rester prés des bords car le vent peut se lever rapidement. Nous y voyons ces arbres à l' écorce rouge qui sont le joyaux du Parc National Los Arrayanes. Face à nous, une fois encore, un hôtel quatre étoiles accueille les touristes friqués qui débarquent en vedettes rapides. Seuls dans notre camping, assis autour de notre feu de bois sur lequel cuit une pizza odorante, nous regardons les remous traverser le lac pour venir mourir sur les graviers de "notre plage privée" dans un doux bruit de papier froissé. Nous sommes les rois du monde !
Vendredi 10 mars
Nous allumons le feu dès le réveil avec le bois flotté que le lac échoue sur la plage et quelques épines des grands pins qui nous entourent. Il fait froid, il va falloir se résoudre à abandonner l'idée de dormir sous la tente. Mais nous avons décidé de rester encore une nuit ici pour profiter du lac avec le canot et aussi pour offrir aux enfants un tour au parc d'aventures. Cela fait un moment que nous ne leur avons plus rien offert et les grands s'envoient donc un mur d'escalade avant de sauter dans le vide encordés. Quand aux petites, elles sautent sur un trampoline, accrochées à un élastique. Emotions fortes pour tout le monde, histoire de marquer le coup de l'entrée en Argentine. Le soir nous nous couchons fatigués et heureux, tout en scrutant le ciel. En cas de pluie, nous prévoyons un repli stratégique dans la voiture.
Samedi 11 mars
Il n'a pas plu, mais il fait encore plus froid qu'hier, au point que je me lève des sept heures pour allumer un feu, un peu furax d'être toujours le premier levé. Dans ces cas là les enfants font la sourde oreille et se blotissent au fond de leur duvet en attendant le soleil. Nous rangeons les affaires avec entrain, surtout pour nous réchauffer et prenons a route de San Carlos de Bariloche le long du lac puis de El Bolson où nous arrivons vers 16 h 30. Après avoir visité deux cabanas, nous sommes séduits une fois encore par les pelouses d'un camping située dans un beau verger au pieds des montagnes. Il suffit de se baisser pour ramasser des prunes, des poires et des pommes. Les filles ont découvert un maginfique terrain de jeux et d'agrées en bois. Le soleil est encore très haut dans le ciel et nous décidons avec beaucoup d'optimisme de planter une fois encore la tente, ce qui cette fois fait carrement râler les enfants... On ne passe pas loin de la mutinerie et il me faut donner de la voix pour obtenir une aide pour monter la grande tente. Démonter le camps le matin pour le remonter le soir après 400 kms de route est vraiment la chose la plus détestée des enfants, je les comprends, mais leurs airs de chiens battus me donnent l'envie de les renvoyer illico a l'école. Merde quoi ! Après tout, à 43 ans, j'ai moi aussi bien plus envie de dormir au chaud dans un motel que sous la tente, mais à ce tarif là on aurait juste pu visiter la Belgique ! Il faut savoir ce que l'on veut dans la vie. Bref il y a de l'ambiance ce soir.
Dimanche 12 mars
IL a fait froid mais pas humide cette nuit, le feu est bon, nous y filtrons un vrai café dans notre "bouilloire sauvage" (celle que nous fourrons directement dans les cendres depuis les plages californiennes!). Nous partons ensuite marcher dans la montagne aux environs d 'El Bolson, nous revenons par la "cabeza del indio", un site vertigineux qui surplombe le rio et qui doit son nom à la forme du rocher. Epuisés, nous regardons ensemble un DVD; après tout c'est dimanche et c'est un excellent remède pour le moral des enfants.
Lundi 13 mars
Le réveil est difficile, il a plu toute la nuit et je suis trempé dans mon duvet. A six heures, Laurence émigre dans la voiture avec Séraphin et j'allume un feu sous la pluie. (Eh oui, le vrai bénéfice de ce voyage sera sans doute d'être capable d'allumer un feu dans n'importe quelle situation et d'y cuire à peu près n'importe quoi). Avec le lever du jour la pluie se calme. Avec un ordre exemplaire, les garçons font sècher les duvets et les tentes intérieures, et nous montons les petites tentes qui, elles, sont étanches. La grande tente nous servira d'auvent et de salle à manger. En fait nous aurions pu "jeter l'éponge" et nous installer directement dans une cabane, mais j'ai absolument besoin de vérifier l'état de l'équipement et le moral des troupes avant de m'engager sur la carretera australe en Patagonie. Côté Chilien, ls villes étapes sont distantes de plus de 300 kms avec des moyennes horaires inférieures à 50 kms/h sur des pistes défoncées qu'une pluie violente ou un accident peu trés vite couper. Je veux être capable de monter les tentes sous la pluie et dansle vent et d'organiser un bivouac en urgence.
Cette fois tout est OK, il pleuvine mais les éclaircies sont de plus en plus longues et nous montons en 4x4 jusquà la piste d'envol des parapentes. Vertigineux ! L'horizon s'ouvre à 360° sur un paysage de roches, de moraines, de lacs, de rios et de sommets enneigés. Les buses nous accompagnent en sifflant et nous découvrons de nouvelles fleurs inconnues, une sorte chardon qui ressemble à celui que les vieux lozérien clouaient sur leur porte, baromètre ou signe d'accueuil, je n'ai jamais su ! Et encore une fleur orange qui s'agrippe à l'aide de petites spirales sur les buissons pour s'élever vers le soleil. Je regrette de ne pas avoir fait des études de botanique, pour mieux comprendre. Entre les pins nous découvrons la tombe d'un géologue. Repose en paix... dit l'épitaphe. On ne peut pas etre plus au calme. Syméon bricole une croix pour y raccrocher un Jésus de fer blanc tombé face contre terre. Les filles récitent un "ave", on se croirait un siècle plus tôt. Nous redescendons vers la civilisation, les douches du camping et la suite du DVD, dans notre nouvelle "salle à manger-salon" constitué par la grande tente vidée de ses tentes intérieures. Reconversion réussie. Du coup, nous la ramènerons peut-être en Europe !
Mardi 14 mars
Nous partons pour Esquel et le Sud de la Patagonie argentine après un rangement acceléré par le froid. Les paysages changent, nous entrons dans une pampa quasi désertique. La route est bonne mais monotone (heureusement nous croisons des lamas sauvages et toute sorte de bétail, essentiellement veau vaches et moutons). Nous voyons aussi des lapins et même un renard. Nous roulons plein Sud, le dos au vent et la voiture file à 120 kms/h sans appuyer sur l'accelérateur. Il nous faut être tres prudents car à chaque courbe le vent nous désequilibre et je me suis trouvé plusieurs fois sur la voie de gauche, heureusement pour nous sans personne en face. Même en réduisant au maximum la vitesse (avec mes 2,850 kg et le centre de gravité très haut, il ne serait de toutes les façons pas raisonnable d'envisager aborder une courbe à plus de 80 km/h !), la prise au vent latérale me porte à chaque fois à la limite de l'adhérence m'obligeant a retrograder violemment pour "plaquer" la voiture au sol. Mais on avance vite ! Nous sommes à Esquel, qui nous apparaît comme une nouvelle forme d'oasis, à l'heure du déjeuner, que nous prenons sur la Place d'Armes, trop content d'avoir trouvé un petit coin de pelouse à l'abri du vent et des jeux pour les filles. Nous poursuivons notre route vers le Sud, de plus en plus désert. Nous arrivons à Gobernador Costa, pueblo plus pauvre et plus triste qu'Esquel et surtout moins touristique. Nous ne trouvons pas d'endroit ou passer la nuit, sinon un hotel minable qui loue des chambre pour les rares représentants envoyés dans le Sud par leur entreprise. Dans le village voisin nous nous faisons finalement ouvrir une cabana constuite par la municipalité sur le lieu de l'ancien camping. La constuction est récente, avec un petit toit pointu et un étage, ce qui enchante les enfants. Les difficultés de la route, la longueur de l'étape et l'incertitude de trouver un gite nous a beaucoup fatiguée physiquement et nerveusement. En fait, il apparait très clair que nous sommes las de rouler sur des routes droites traversant des paysages monotones. Les enfants expriment très clairement le peu d'intéret qu'il trouvent à arpenter des déserts sans fin, nous en avons tant vus, aux Etats-Unis d'abord, puis au Mexique, au Pérou, au Chili et maintenant en Argentine. Même si les filles et Séraphin font des efforts pour rester calmes, il apparaît clair qu'il nous faille abandonner l'idée de grandes traversées des déserts australiens et même immédiatement de pousser trop en avant dans cette pampa argentine. Avant de quitter l'Europe, j'avais envisagé de descendre jusqu' 'Usuhaia" et Punta Arenas pour le symbole, voire même de remonter par la côte vers la Péninsule Valdes pour y voir les baleines. Mais cet intinéraire était prévu pour le mois de décembre (le plein été ici) et nous sommes déjà en mars (début de l'automne), les baleines sont déjà reparties. De plus je connais cette partie de la Patagonie qui n'est véritablement interéssante côté chilien qu'à pied avec des long treks aux abord des lacs et des refuges dans les Parcs Nationaux, ou éventuellement en bateau (pour les plus riches) en naviguant dans les lagunes et les fjords vers les glaciers. Or tout cela nous est interdit avec un bébé, un petit budget et une voiture. Depuis Panama (où nous avions déjà deux mois de retard, compte tenu des détours) je m'interroge. L'expérience du Macchu Pichu m'a aussi montré combien était vaine la quête d'un lieu pour son prestige médiatique. Tout le monde le sait, Ushuaia n'est qu'un nom sur une carte, un point de départ mythique vers l'Antarctique que peu de gens ont de toutes les façons le privilège de visiter. J'avais déjà été frusté il y a quinze ans devant le Cap Horn qui n'est beau que vu depuis la mer. Ma connaissance des lieux va cette fois nous servir. En effet dès le 45ième parrallèle, à la hauteur de Perito Moreno la Patagonie nous offre déjà toute la diversité de ses paysages avec le Lago Buenos Aires, les glaciers du Campo Hielo Norte sur la route des explorateurs, le fjord de Puyuhuapi, et la grande foret que traverse la légendaire carretera australe. Un itinéraire qui nous permettrait de ne renoncer à rien tout en évitant plus de trois milles kilomètres de pampa peuplée de rares estancias. Un itinéraire "authentique et sauvage" que la saison rend "aventureuse" sans être toutefois réellement périlleuse. Il va bien falloir nous décider.
Mercredi 15 mars
Lever tôt, crise de nerfs de Laurence, fatiguée par une mauvaise nuit. Les portes claquent, les enfants crient puis peu a peu le calme revient. Nous remontons dans la voiture les dents serrées et en silence. Je crois que Laurence pressent le risque de s'aventurer trop loin. Je lui ai aussi parlé des risques de la carretera australe tout en lui disant combien elle serait enchantée par les paysages. Demain c'est son anniversaire et je crois que cela aussi la pousse à gamberger. Qui suis-je ? Ou vais-je ? Dans quel étagère ? (Dans quel état j'erre ?), toujours la même histoire. La route est aussi difficile qu'hier et nous atteignons Périto Moreno après un Pique nique rapide près d'une lagune ou ne pouvons tenir qu'assis à l'abri de la voiture faute de grand vent. Je me rend compte aussi combien ce vent est éprouvant pour les nerfs. A la hauteur de Rio Mayo je trouve un distributeur d'argent. Mais au moment de sortir la carte. Panique. Impossible de la retrouver. Je suis tellement maniaque (ou ordonné, c'est selon!) question papiers (au point de prendre ma douche avec mon passeport !) que j'envisage immédiatement 5 posibilités : la carte a glissé de ma poche et elle est perdue dans la nature, je l'ai perdue dans la cabanas de San José de Martin, je l'ai oubiée à la pompe à essence d'Esquel, ou perdue dans un des deux supermarchés de El Bolson ou enfin laissée dans le distributeur de monnaie de El Bolson. Je me souviens encore de la personne qui me suivait, une brave vieille. Je juge donc inutile de faire opposition de suite. Je suis KO comme un boxeur qui aurait pris un mauvais coup. Mais du coup tout est clair : nous allons passer par Chile Chico, pousuivre notre visite comme prévu par la carretera australe coté chilien jusqu'à la calotte glaciaire et remonter la semaine prochaine par la passe de Futaleufu pour prévoir de repasser par Esquel et El Bolson selon les informations obtenues. D'ici là la carte de Credit de l'entreprise pourra nous dépanner, j'avais également prévu beaucoup de liquide en plus (en dollars, en pesos chiliens et argentins) pour la Patagonie où je n'était pas sur de trouver de distibuteurs. A Périto Moreno nous trouvons une cabana municipale, simple dortoir lugubre qui sent le renfermé, mais il semble que nous puisons dans nos énergies respectives pour ne pas céder au découragement, c'est dans ces moments là que l'on mesure la force mentale et morale qu'il faut pour entreprendre un tel voyage.
Jeudi 16 mars
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Laurence. Nous chantons au petit déjeuner, les enfants offrent des dessins et des bougies incrustées de coquillages (nous les avions fabriquées sur la plage de Corpus Christi). Séraphin chante aussi et offre à Laurence... un dépliant touristique de la ville de Périto Moréno... de tout son coeur. Je ne dis rien que mon amour et mon admiration pour cette épouse et mère dont les rêves nous auront mené plusieurs fois jusqu'au bout du monde. Quel courage ! Quelle force ! Je sais que nous tirerons de tout cela une nouvelle force pour l'avenir... je sais aussi qu'à cinquante kilomètres de là, les paysages fantastiques de la Patagonie Chilenne constitueront le meilleur des cadeau : le slogan de Los Antigos, la ville frontière sur la lago Buenos Aires ne dit il pas : "Los Antiguos : un régalo para el alma" ? C'est juste ce qu'il nous faut. De fait le lac est azur et nous nous trouvons une jolie cabana sous les pins. La gérante nous prête des vidéos et le soir nous regardons Robin William faire le pitre, cela ressemble presque à un jour de fête.
|