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Chili -Remontee vers le Nord

Date: Avril du 1 au 15 , 2006

11/07/05 au 23/07/05 24/07/05 au 30/07/05 31/07/05 au 15/08/05 16/08/05 au 31/08/05 01/09/05 au 15/09/05 16/09/05 au 30/09/05

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16/04/06 au 30/04/06 01/05/06 au 15/05/06 16/05/06 au 30/05/06 épilogue


Lundi 1er mai
C'est la fête du travail ici aussi au Chili et ici qui dit fête (et jour férie) dit aussi messe. Nous prenons l'habitude de vivre au rythme d'un long dimanche ; les enfants partent chez des amis après le repas commun, les garçons jouent au football en bas dans le village. Je lis face à la mer. Laurence tricote et lit des histoires aux plus petites, la brume monte du Pacifique en fin de journée. Finalement ce vide apparent de mouvements extérieur ne parvient pas tout à fait à calmer les mouvements intérieur du cœur et de l'esprit. J'ai un peu le sentiment de me trouver comme ces plongeurs qui sont obligés d'attendre dans ces caissons de décompression. Il est évident maintenant que nous avons pris le chemin du retour, dans nos têtes au moins. Et pourtant nous avons que nous ne sommes ni tout à fait prêtes, ni tour à fait au bout des nos aventures.

Mardi 2 mai
Travail scolaire pour les enfants. C'est dur car cela fait trois jours qu'ils n'ont plus travaillé et il semble que tout est à refaire. Au foyer, deux ingénieurs sont venus installer une nouvelle machine à plastifier et une machine à fabriquer des "dos carrés collés". Quand il voit mon intérêt et découvre ma véritable profession, le commercial essaie de m'en vendre une.... le procédé est intéressant , mais pour l'instant je suis encore très loin d'imaginer une stratégie pour les Editions GabriAndre à mon retour.

Mercredi 3 mai
Laurence cuisine pour l'anniversaire de Syméon. Hier je suis descendu à Tomé pour lui acheter une pince-canif multi usage. A midi les amis du foyer ont découpé des forme de poissons dans les pomme de terre pour Syméon. Une manière de porter à la dérision son opposition à manger du poisson. Syméon est à la fête, baptisé "terremoto" (tremblement de terre) ou "tsunami" ce petit garçon dérangeant est aussi très attachant. Il demande toujours beaucoup d'attention et d'affection. Aujourd'hui plus que toute autre jour il jubile de plaisir et de bonheur. C'est vrai que coincé entre les grands et les petites (pardon Séraphin !), il n'a pas toujours une place évidente. De mon côté j'ai eu des nouvelles d'un bateau probable pour la semaine prochaine. Quoiqu'il en soit, il nous faut envisager dès maintenant de quitter le foyer en fin de semaine.

Jeudi 4 mai
Rendez-vous avec Servane de Radio France Bleu Gard Lozère pour un enregistrement. Les garçons ont préparé des petits sujets sur tout ce qu'il découvrent ici. Heureusement car il y a un problème technique avec le retour et cela nous contraint à des longs monologues. Les petits partent à la visite des malades. En fait c'est un prétextes pour entrer dans différents foyers et partager avec des vieilles dames souvent très seules. Elles racontent l'extrême niveau de pauvreté et de solitude qu'elles rencontrent. Je suis heureux que le temps passé ci aiguise leur regards et leurs cœurs aux différences de vies des hommes et des femmes qui les entourent. L'après midi je me rends à Talcahuano, sur le port, pour rencontrer l'agent en douane qui a commencé à débrouiller mon problème. Une compagnie a enfin accepté de me proposer un prix et un bateau pour Dunkerque pour le 13 mai . Je confirme donc mon accord faute de mieux et déjà très heureux d'entrevoir une solution.

Vendredi 5 mai
Douche écossaise ! la compagnie maritime ne dispose plus de place sur les bateau du 13 mai, elle propose s'embarquer le véhicule sur le suivant... le 28 mai. Je me donne la journée pour réfléchir. Le même jour on vient récupérer le frigidaire de la cabanas qui avait été prêté , puis le gaz donne des signes de fatigue. Nous branchons notre petit frigo de camping et je rassure Laurence, nous avons encore l'autonomie de notre four. Mais intérieurement je compte les jours que nous nous avons passé ici, presque un mois. Les membres du foyers qui doivent partir en France fin mai doivent aussi se demander ce qui va se passer après ? Je sens que quelque chose se termine ici. Nous avons tellement grandi à l'abri de l'amour après tant de mois passé dans l'incertitude des lendemains. Nous avons trouvé notre trésor, la joie de vivre sereinement en famille, nous aimant chaque jour un peu plus... l'harmonie, le paradis sur terre... et pourtant nous savons qu'il nous faut partir tout en emportant ce paradis avec nous.
Une fois cette évidence acceptée, toutes les hésitations disparaissent et la confiance revient. Un petit mail de mon correspondant de Santiago me laissant entrevoir une possibilité de bateau pour Marseille vers la fin du moi me pousse à différer ma réponse pour Dunkerque.

Samedi 6 mai
Grandes lessives. Je réorganise tout le contenu du 4x4 pour replacer les objets exactement dans l'ordre dans lequel il ont été importé vers la Canada. Cela devrait faciliter le passage en douane au retour. En fait ces grandes manœuvres nécessaires sont là aussi pour conjurer le mauvais sort d'un immobilisme dont nous ne semblons pas pouvoir sortir avant lundi. Les garçons (Ferdinand et Syméon) se sont pris d'une nouvelle passion pour le tricot grâce des bouts de laine donnés par Marie Thérèse. En fait cela permet de tricoter des écharpes et des petits porte-monnaies qui sont en fait des cadeaux plein d'amour pour leur nombreux amis. C'est fou comme, libéré de l'argent et du "tout s'achète", libérés aussi du regard un peu débile des ados de leur âge, les enfants retrouvent cette générosité et cette simplicité du cœur . J'espère qu'ils ne renierons jamais, ce temps de pauvreté. La réorganisation du chargement me contraint à des tas de petits bricolages et réparations, c'est tout juste si je parviens à lire un peu, activité à laquelle je me suis s remis peu a peu après des mois de sevrage du à l'excès d'action.

Dimanche 7 mai
La famille de France commence à se manifester. Ils ont trouvé le numéro de téléphone du Foyer et tout le monde nous appelle avant la messe. Je pense à ce texte de St Exupéry dans "Terre des hommes" ou l'écrivain raconte comment Mermoz marche dans les Andes à la rencontre de sa famille qu'il appelle les "survivants". C'est un peu cela qui se passe, nous sommes à un point où notre voyage pourrait ne jamais se terminer, et seule la pensée des "survivants" peut mobiliser cette énergie pour nous ramener à bon port. L'après midi nous allons chercher des champignons dans les bois, cela sent presque les Cévennes sous les pins. Le soir nous regardons les phots du voyages sur l'ordinateur, nous nous habituons peu à peu à l'idée du retour.

Lundi 8 mai
Jour férié en France, mais pas au Chili. Donc, travail scolaire pour les enfants pendant que je travaille sur Internet pour trouver à la fois des solutions de vol et de bateau. Mes recherches m'amènent régulièrement vers un vol direct Santiago Madrid sur une jeune compagnie Air Madrid qui propose des prix à plus de la moitié des tarifs du marché. Mais, il m'est impossible de confirmer, d'une part parce que je n'ai pas de solution pour le bateau, d'autre part parce que ma banque refuse de payer (en fait il semble plutôt que ce soit leur terminal qui dispose d'un plafond trop bas). Je prétexte le jour férié en France pour différer ma réponse pour le bateau du 28. Maintenant je suis décidé à rentrer. La brume monte l'après midi et je commence à me languir des cigales et de mes oliviers. Je pense que c'est le moment des greffes et qu'un retour trop tardif me priverait de ce bonheur d'aider mes arbres à grandir. Bon d'accord, cette année j'aide mes enfants ! On ne peut pas tout avoir... mais quand-même, je me prend à rêver.

Mardi 9 mai
Cette fois j'ai la confirmation par Decapack qu'il existe bien un bateau pour Marseille depuis Valparaiso le 22 mai. Je suis étonné du réveil tardif de cette société qui me donne de vagues explications sur la difficulté d'obtenir des réponses de la France. De fait ne faisant pas la nuance entre une "ré-exportation" et une exportation simple, le dossier leur semblait un eu complexe. Ce qui me pousse immédiatement à leur imposer mon agent en douane de Talcahuano qui lui a parfaitement saisi cette différence, et ce depuis le début. Je redoute un peu sa réaction car ce dernier a beaucoup travaillé pour me trouver une solution de bateau, ce qui est départ n'est pas vraiment dans ses attributions. Mais son mail me rassure car il dispose de correspondants à Valparaiso et San Antonio qui accepteront de travailler avec Decapack. Je commence à entrevoir la solution du problème : d'un coté les douanes, d'un autre un containeur et un bateau, il ne manque plus qu'à faire coïncider les morceaux du puzzle.

Mercredi 10 mai
Cette fois nous disposons d'une date. La voiture doit se trouver lundi prochain à l'entrepôt de Decapack à Pudahuel dans la banlieue de Santiago. Nous prenons donc la décision de partir dimanche après la messe. Du coup les langues se délient et chacun des membres du foyer nous livre comment il a vécu ce temps partagé avec notre famille. Le padre Ramon nous donne des tas de recommandations pour poursuivre l'éducation de nos enfants avec les bénéfices de tout ce que nous avons appris sur la route mais aussi aux cours de nos haltes spirituelles.

Jeudi 11 mai
Nouvel enregistrement pour la radio. Cette fois nous nous quittons après avoir très précisément évoqué un retour proche. Mais il faut ménager le suspens car la radio a pris un léger retard dans le différé. Nos émissions se poursuivront jusqu'au 1er juillet , date "officielle" de notre retour. Cette fois Laurence boucle les sacs à dos avec tout ce qui ne partira pas dans la voiture. Cette opération est un peu périlleuse car elle nous oblige à repenser tout le chargement de la voiture à la fois pour rouler jusqu'à Santiago mais aussi et surtout pour être démonté tres rapidement et entrer (pour le reste) dans le 4x4 pour passer un mois dans le containeur. Nous ne verrons qu'à l'arrivée les erreurs commises. Heureusement nous avons déjà tenté et réussi l'expérience en chargeant le véhicule au Panama. Nous sommes donc un peu plus confiants et bien moins nerveux. Laurence à juste un incertitude sur la météo. Selon le temps qu'il nous faudra passer à Santiago il nous faut conserver quelques affaires d'automne. En France, c'est l'été qui commence !t

Vendredi 12 mai
Le défilé commence, le Padre Ramon a vendu la mèche à la radio sur notre départ de ce dimanche pour la France et tous les amis des enfants (et des parents) viennent nous dire au revoir. Et des "au revoir" Chilien c'est quelque chose. Larges étreintes démonstratives, pleurs, cadeaux multiples (je commence à m'inquiéter pour la chargement de la voiture). Je pensais m'être adapté à tout cela, mais je suis encore une fois dépassé et comme toujours un peu contrarié et agacé d'autant que j'ai passé l'après midi à Talcahuano avec l'agent en douane pour porter les derniers modifications au dossier des douanes. Le soir, le Padre Ramon, qui a acquis une certaine expérience de tout cela, me prend à part pour me dire d'une part que le Foyer fera une fête "officielle" samedi pour grouper mon anniversaire, la fête des mère et notre départ et d'autre part qu'il propose une messe privée "de l'amitié" à 8 heures le dimanche. Il craint que nous ne puissions partir pour Santiago après la grand messe dans les effusions prévisibles. Dans la journée le frère de Gladys; José Vicente, qui exécute des sculptures monumentales un peu partout dans le monde passe nous rencontrer. A la demande de sa sœur, il nous a proposé de nous prêter son appartement en plein centre de Santiago. Nous n'avons pas osé refuser. Et nous nous sommes donné rendez vous le dimanche soir.

Samedi 13 mai
Au retour de la messe du matin, car j'ai continué à fréquenter les messes matinales durant tout ce temps béni, les enfants m'attendent avec une banderole "Bonne anniversaire papa !" On ne va pas bouder son plaisir. Je suis fier de cette famille composée dans tant de souffrances passées et tant de difficultés au quotidien. Je n'ai pas besoin de regarder loin en arrière pour mesurer la confiance et l'amour qui à été nécessaire à Laurence pour traverser ces années. Je n'ai pas peur du temps qui passe, (je suis déjà mort il y a quinze ans avec mon cancer ! ) , je sais seulement aujourd'hui plus qu'hier que seul le présent peut être vécu dans la joie... et qu'il faut s'en donner les moyens. Nous partageons une dernière fois le rosaire des petits missionnaires et à midi, nous nous échangeons tous plein de petits messages d'amour autour du gâteau. Je suis très ému, nous le sommes tous. L'après midi les enfants continuent la fête en se rendant à l'anniversaire d'Eduardo dans la poblation. Nous sommes "au milieu de", ou encore "présent au monde" comme nous ne l'avons jamais été. Parti c'est mourir un peu dit on à tord. Partir c'est surtout grandir un peu si l'on convient que l'on meurt au passé pour s'ouvrir au présent.

Dimanche 14 mai
Lever tôt. Fin du chargement de la voiture avant de réveiller les petits pour la messe à 8 h. Malgré la confidence les petits amis des enfants arrivent un par un pendant la célébration. Le Padre Ramon fait donc son sermon en français et en chilien à l'intention des enfants. Il y célèbre les vertus de l'amitié. Puis nous passons au petit déjeuner , le nombre de bols augmente au fur et a mesure que le temps passe. Après deux ou trois photo style équipe de foot devant la baie, équipe de foot devant la voiture chargée... je mets la clef dans le contact, vivement encouragé par le père qui voit s'approcher l'heure de la grand messe et crains que nous ne croisions les véhicules montant. Nous nous laissons donc glisser dans la descente, non sans avoir chargé un ou deux enfants de plus pour le dernier raidillon. En remontant la ligne droite jusqu'à la côte nous croisons une ou deux familles sur les bord de la route qui agitent des mouchoirs puis le silence se fait dans la voiture, comme à chaque fois que nous quittons ceux que nous avons appris à aimer. Très chargés, et surtout mal équilibrés nous avons opté pour un parcours "tout autopista". Nous roulons sans nous arrêter car le cœur n'y est pas. Après tant de paysages, tant de pique niques improvisés dans une nature aussi sauvage que belle, nous n'avons pas le courage de nous arrêter sur une aire d'autoroute. Nous roulons si régulièrement (car on ne peut pas dire vite à 90 kms à l'heure sur une autoroute!) que nous arrivons a Santiago vers 16 heures. Je n'ai pas le courage de quitter les autoroutes intérieurs pour éviter les péages. Mais je ne vois pas de péages. D'après les indications j'aurais du acheter et poser un patch sur mon pare-brise. Nous voila au centre, pas très loin de l'endroit ou nous avions déjà séjourné trois jours. Surprise, l'appartement est vraiment très bien situé à coté d'un parc forestier, du musée des Beaux Arts mais, ce qui m'intéresse plus encore pour l'instant d'un parking surveillé à ciel ouvert. Nous prévenons José Vincente qui ne nous attendait pas si tôt. Si nous le dérangeons, il ne le montre pas... et part acheter du saucisson et du vin avec Syméon. Nous investissons les lieux en déposant nos huit sacs à dos et nos huit bagages à main un peu partout. Pour nous cet appartement avec deux chambre un séjour, une cuisine et une sale de bain est un palace. José Vincente, sans doute habitué à y vivre seul, a du avoir une angoisse quand même.Nous partageons un petit repas arrosé au vin chilien. Je ne suis pas entièrement décontracté car je sais qu'il me faut décharger et recharger la voiture pour demain matin. Finalement il est trop tard pour le faire ce soir. Je préviens le gardien du parking que je laisse tous les bagages sur le toit et vais me coucher.

Lundi 15 mai
Papa et les deux garçons se lèvent à l'aube, pour organiser le déchargement-rechargement du véhicule. Peu de mots, des indications précises. Pendant la nuit j'ai mille fois refait les mêmes gestes. Et cela marche. Tout rentre... et même un peu mieux qu'à Panama. C'est l'heure du petit-déjeuner. Puis nous filons avec Gabriel directement vers l'entrepôt de Pudahuel. Le Land Rover y est pris en charge. Pour une fois ce n'est pas moi qui le rentrerai dans le containeur. Je signe les papiers de décharge et me rend au bureaux de Decapack de l'autre coté de la voie rapide. Mon correspondant m'y attends, visiblement surpris de me voir au rendez-vous aussi matinal. Une chance car il y a de la place sur le bateau qui part le18 de San Antonio, ce qui est techniquement possible si la douane suit ! En revanche je ne peux régler la facture par carte bancaire. Je me dépêche donc de monter dans un taxi pour trouver une banque ouverte dans le centre. (elles ferment à 12 h ou 13 h). Je ne peux obtenir que la moitié de la somme en liquide (toujours cette histoire de plafond de retrait quotidien). Ce que j'avais prévu en fixant rendez vous à mon correspondant pour le lendemain.
Pendant ce temps Laurence passe la matinée dans la baignoire avec les enfants et l'après midi dans le parc voisin. Je cherche maintenant des vols pour la France mais l'agence de voyage consultée me propose un vol de deux jours en trois étapes pour le 26mai . Peut mieux faire dis- je à l'employée déjà tout heureuse d'avoir trouvé sept place pour l'Europe en pleine période de coupe du monde. Le soir nous regardons un DVD en famille pour faire baisser la pression qui monte d'un cran.

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