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Lundi 1er mai
C'est la fête du travail ici aussi au Chili et ici qui dit fête
(et jour férie) dit aussi messe. Nous prenons l'habitude de vivre
au rythme d'un long dimanche ; les enfants partent chez des amis après
le repas commun, les garçons jouent au football en bas dans le
village. Je lis face à la mer. Laurence tricote et lit des histoires
aux plus petites, la brume monte du Pacifique en fin de journée.
Finalement ce vide apparent de mouvements extérieur ne parvient
pas tout à fait à calmer les mouvements intérieur
du cur et de l'esprit. J'ai un peu le sentiment de me trouver comme
ces plongeurs qui sont obligés d'attendre dans ces caissons de
décompression. Il est évident maintenant que nous avons
pris le chemin du retour, dans nos têtes au moins. Et pourtant nous
avons que nous ne sommes ni tout à fait prêtes, ni tour à
fait au bout des nos aventures.
Mardi 2 mai
Travail scolaire pour les enfants. C'est dur car cela fait trois jours
qu'ils n'ont plus travaillé et il semble que tout est à
refaire. Au foyer, deux ingénieurs sont venus installer une nouvelle
machine à plastifier et une machine à fabriquer des "dos
carrés collés". Quand il voit mon intérêt
et découvre ma véritable profession, le commercial essaie
de m'en vendre une.... le procédé est intéressant
, mais pour l'instant je suis encore très loin d'imaginer une stratégie
pour les Editions GabriAndre à mon retour.
Mercredi 3 mai
Laurence cuisine pour l'anniversaire de Syméon. Hier je suis descendu
à Tomé pour lui acheter une pince-canif multi usage. A midi
les amis du foyer ont découpé des forme de poissons dans
les pomme de terre pour Syméon. Une manière de porter à
la dérision son opposition à manger du poisson. Syméon
est à la fête, baptisé "terremoto" (tremblement
de terre) ou "tsunami" ce petit garçon dérangeant
est aussi très attachant. Il demande toujours beaucoup d'attention
et d'affection. Aujourd'hui plus que toute autre jour il jubile de plaisir
et de bonheur. C'est vrai que coincé entre les grands et les petites
(pardon Séraphin !), il n'a pas toujours une place évidente.
De mon côté j'ai eu des nouvelles d'un bateau probable pour
la semaine prochaine. Quoiqu'il en soit, il nous faut envisager dès
maintenant de quitter le foyer en fin de semaine.
Jeudi 4 mai
Rendez-vous avec Servane de Radio France Bleu Gard Lozère pour
un enregistrement. Les garçons ont préparé des petits
sujets sur tout ce qu'il découvrent ici. Heureusement car il y
a un problème technique avec le retour et cela nous contraint à
des longs monologues. Les petits partent à la visite des malades.
En fait c'est un prétextes pour entrer dans différents foyers
et partager avec des vieilles dames souvent très seules. Elles
racontent l'extrême niveau de pauvreté et de solitude qu'elles
rencontrent. Je suis heureux que le temps passé ci aiguise leur
regards et leurs curs aux différences de vies des hommes
et des femmes qui les entourent. L'après midi je me rends à
Talcahuano, sur le port, pour rencontrer l'agent en douane qui a commencé
à débrouiller mon problème. Une compagnie a enfin
accepté de me proposer un prix et un bateau pour Dunkerque pour
le 13 mai . Je confirme donc mon accord faute de mieux et déjà
très heureux d'entrevoir une solution.
Vendredi 5 mai
Douche écossaise ! la compagnie maritime ne dispose plus de place
sur les bateau du 13 mai, elle propose s'embarquer le véhicule
sur le suivant... le 28 mai. Je me donne la journée pour réfléchir.
Le même jour on vient récupérer le frigidaire de la
cabanas qui avait été prêté , puis le gaz donne
des signes de fatigue. Nous branchons notre petit frigo de camping et
je rassure Laurence, nous avons encore l'autonomie de notre four. Mais
intérieurement je compte les jours que nous nous avons passé
ici, presque un mois. Les membres du foyers qui doivent partir en France
fin mai doivent aussi se demander ce qui va se passer après ? Je
sens que quelque chose se termine ici. Nous avons tellement grandi à
l'abri de l'amour après tant de mois passé dans l'incertitude
des lendemains. Nous avons trouvé notre trésor, la joie
de vivre sereinement en famille, nous aimant chaque jour un peu plus...
l'harmonie, le paradis sur terre... et pourtant nous savons qu'il nous
faut partir tout en emportant ce paradis avec nous.
Une fois cette évidence acceptée, toutes les hésitations
disparaissent et la confiance revient. Un petit mail de mon correspondant
de Santiago me laissant entrevoir une possibilité de bateau pour
Marseille vers la fin du moi me pousse à différer ma réponse
pour Dunkerque.
Samedi 6 mai
Grandes lessives. Je réorganise tout le contenu du 4x4 pour replacer
les objets exactement dans l'ordre dans lequel il ont été
importé vers la Canada. Cela devrait faciliter le passage en douane
au retour. En fait ces grandes manuvres nécessaires sont
là aussi pour conjurer le mauvais sort d'un immobilisme dont nous
ne semblons pas pouvoir sortir avant lundi. Les garçons (Ferdinand
et Syméon) se sont pris d'une nouvelle passion pour le tricot grâce
des bouts de laine donnés par Marie Thérèse. En fait
cela permet de tricoter des écharpes et des petits porte-monnaies
qui sont en fait des cadeaux plein d'amour pour leur nombreux amis. C'est
fou comme, libéré de l'argent et du "tout s'achète",
libérés aussi du regard un peu débile des ados de
leur âge, les enfants retrouvent cette générosité
et cette simplicité du cur . J'espère qu'ils ne renierons
jamais, ce temps de pauvreté. La réorganisation du chargement
me contraint à des tas de petits bricolages et réparations,
c'est tout juste si je parviens à lire un peu, activité
à laquelle je me suis s remis peu a peu après des mois de
sevrage du à l'excès d'action.
Dimanche 7 mai
La famille de France commence à se manifester. Ils ont trouvé
le numéro de téléphone du Foyer et tout le monde
nous appelle avant la messe. Je pense à ce texte de St Exupéry
dans "Terre des hommes" ou l'écrivain raconte comment
Mermoz marche dans les Andes à la rencontre de sa famille qu'il
appelle les "survivants". C'est un peu cela qui se passe, nous
sommes à un point où notre voyage pourrait ne jamais se
terminer, et seule la pensée des "survivants" peut mobiliser
cette énergie pour nous ramener à bon port. L'après
midi nous allons chercher des champignons dans les bois, cela sent presque
les Cévennes sous les pins. Le soir nous regardons les phots du
voyages sur l'ordinateur, nous nous habituons peu à peu à
l'idée du retour.
Lundi 8 mai
Jour férié en France, mais pas au Chili. Donc, travail scolaire
pour les enfants pendant que je travaille sur Internet pour trouver à
la fois des solutions de vol et de bateau. Mes recherches m'amènent
régulièrement vers un vol direct Santiago Madrid sur une
jeune compagnie Air Madrid qui propose des prix à plus de la moitié
des tarifs du marché. Mais, il m'est impossible de confirmer, d'une
part parce que je n'ai pas de solution pour le bateau, d'autre part parce
que ma banque refuse de payer (en fait il semble plutôt que ce soit
leur terminal qui dispose d'un plafond trop bas). Je prétexte le
jour férié en France pour différer ma réponse
pour le bateau du 28. Maintenant je suis décidé à
rentrer. La brume monte l'après midi et je commence à me
languir des cigales et de mes oliviers. Je pense que c'est le moment des
greffes et qu'un retour trop tardif me priverait de ce bonheur d'aider
mes arbres à grandir. Bon d'accord, cette année j'aide mes
enfants ! On ne peut pas tout avoir... mais quand-même, je me prend
à rêver.
Mardi 9 mai
Cette fois j'ai la confirmation par Decapack qu'il existe bien un bateau
pour Marseille depuis Valparaiso le 22 mai. Je suis étonné
du réveil tardif de cette société qui me donne de
vagues explications sur la difficulté d'obtenir des réponses
de la France. De fait ne faisant pas la nuance entre une "ré-exportation"
et une exportation simple, le dossier leur semblait un eu complexe. Ce
qui me pousse immédiatement à leur imposer mon agent en
douane de Talcahuano qui lui a parfaitement saisi cette différence,
et ce depuis le début. Je redoute un peu sa réaction car
ce dernier a beaucoup travaillé pour me trouver une solution de
bateau, ce qui est départ n'est pas vraiment dans ses attributions.
Mais son mail me rassure car il dispose de correspondants à Valparaiso
et San Antonio qui accepteront de travailler avec Decapack. Je commence
à entrevoir la solution du problème : d'un coté les
douanes, d'un autre un containeur et un bateau, il ne manque plus qu'à
faire coïncider les morceaux du puzzle.
Mercredi 10 mai
Cette fois nous disposons d'une date. La voiture doit se trouver lundi
prochain à l'entrepôt de Decapack à Pudahuel dans
la banlieue de Santiago. Nous prenons donc la décision de partir
dimanche après la messe. Du coup les langues se délient
et chacun des membres du foyer nous livre comment il a vécu ce
temps partagé avec notre famille. Le padre Ramon nous donne des
tas de recommandations pour poursuivre l'éducation de nos enfants
avec les bénéfices de tout ce que nous avons appris sur
la route mais aussi aux cours de nos haltes spirituelles.
Jeudi 11 mai
Nouvel enregistrement pour la radio. Cette fois nous nous quittons après
avoir très précisément évoqué un retour
proche. Mais il faut ménager le suspens car la radio a pris un
léger retard dans le différé. Nos émissions
se poursuivront jusqu'au 1er juillet , date "officielle" de
notre retour. Cette fois Laurence boucle les sacs à dos avec tout
ce qui ne partira pas dans la voiture. Cette opération est un peu
périlleuse car elle nous oblige à repenser tout le chargement
de la voiture à la fois pour rouler jusqu'à Santiago mais
aussi et surtout pour être démonté tres rapidement
et entrer (pour le reste) dans le 4x4 pour passer un mois dans le containeur.
Nous ne verrons qu'à l'arrivée les erreurs commises. Heureusement
nous avons déjà tenté et réussi l'expérience
en chargeant le véhicule au Panama. Nous sommes donc un peu plus
confiants et bien moins nerveux. Laurence à juste un incertitude
sur la météo. Selon le temps qu'il nous faudra passer à
Santiago il nous faut conserver quelques affaires d'automne. En France,
c'est l'été qui commence !t
Vendredi 12 mai
Le défilé commence, le Padre Ramon a vendu la mèche
à la radio sur notre départ de ce dimanche pour la France
et tous les amis des enfants (et des parents) viennent nous dire au revoir.
Et des "au revoir" Chilien c'est quelque chose. Larges étreintes
démonstratives, pleurs, cadeaux multiples (je commence à
m'inquiéter pour la chargement de la voiture). Je pensais m'être
adapté à tout cela, mais je suis encore une fois dépassé
et comme toujours un peu contrarié et agacé d'autant que
j'ai passé l'après midi à Talcahuano avec l'agent
en douane pour porter les derniers modifications au dossier des douanes.
Le soir, le Padre Ramon, qui a acquis une certaine expérience de
tout cela, me prend à part pour me dire d'une part que le Foyer
fera une fête "officielle" samedi pour grouper mon anniversaire,
la fête des mère et notre départ et d'autre part qu'il
propose une messe privée "de l'amitié" à
8 heures le dimanche. Il craint que nous ne puissions partir pour Santiago
après la grand messe dans les effusions prévisibles. Dans
la journée le frère de Gladys; José Vicente, qui
exécute des sculptures monumentales un peu partout dans le monde
passe nous rencontrer. A la demande de sa sur, il nous a proposé
de nous prêter son appartement en plein centre de Santiago. Nous
n'avons pas osé refuser. Et nous nous sommes donné rendez
vous le dimanche soir.
Samedi 13 mai
Au retour de la messe du matin, car j'ai continué à fréquenter
les messes matinales durant tout ce temps béni, les enfants m'attendent
avec une banderole "Bonne anniversaire papa !" On ne va pas
bouder son plaisir. Je suis fier de cette famille composée dans
tant de souffrances passées et tant de difficultés au quotidien.
Je n'ai pas besoin de regarder loin en arrière pour mesurer la
confiance et l'amour qui à été nécessaire
à Laurence pour traverser ces années. Je n'ai pas peur du
temps qui passe, (je suis déjà mort il y a quinze ans avec
mon cancer ! ) , je sais seulement aujourd'hui plus qu'hier que seul le
présent peut être vécu dans la joie... et qu'il faut
s'en donner les moyens. Nous partageons une dernière fois le rosaire
des petits missionnaires et à midi, nous nous échangeons
tous plein de petits messages d'amour autour du gâteau. Je suis
très ému, nous le sommes tous. L'après midi les enfants
continuent la fête en se rendant à l'anniversaire d'Eduardo
dans la poblation. Nous sommes "au milieu de", ou encore "présent
au monde" comme nous ne l'avons jamais été. Parti c'est
mourir un peu dit on à tord. Partir c'est surtout grandir un peu
si l'on convient que l'on meurt au passé pour s'ouvrir au présent.
Dimanche 14 mai
Lever tôt. Fin du chargement de la voiture avant de réveiller
les petits pour la messe à 8 h. Malgré la confidence les
petits amis des enfants arrivent un par un pendant la célébration.
Le Padre Ramon fait donc son sermon en français et en chilien à
l'intention des enfants. Il y célèbre les vertus de l'amitié.
Puis nous passons au petit déjeuner , le nombre de bols augmente
au fur et a mesure que le temps passe. Après deux ou trois photo
style équipe de foot devant la baie, équipe de foot devant
la voiture chargée... je mets la clef dans le contact, vivement
encouragé par le père qui voit s'approcher l'heure de la
grand messe et crains que nous ne croisions les véhicules montant.
Nous nous laissons donc glisser dans la descente, non sans avoir chargé
un ou deux enfants de plus pour le dernier raidillon. En remontant la
ligne droite jusqu'à la côte nous croisons une ou deux familles
sur les bord de la route qui agitent des mouchoirs puis le silence se
fait dans la voiture, comme à chaque fois que nous quittons ceux
que nous avons appris à aimer. Très chargés, et surtout
mal équilibrés nous avons opté pour un parcours "tout
autopista". Nous roulons sans nous arrêter car le cur
n'y est pas. Après tant de paysages, tant de pique niques improvisés
dans une nature aussi sauvage que belle, nous n'avons pas le courage de
nous arrêter sur une aire d'autoroute. Nous roulons si régulièrement
(car on ne peut pas dire vite à 90 kms à l'heure sur une
autoroute!) que nous arrivons a Santiago vers 16 heures. Je n'ai pas le
courage de quitter les autoroutes intérieurs pour éviter
les péages. Mais je ne vois pas de péages. D'après
les indications j'aurais du acheter et poser un patch sur mon pare-brise.
Nous voila au centre, pas très loin de l'endroit ou nous avions
déjà séjourné trois jours. Surprise, l'appartement
est vraiment très bien situé à coté d'un parc
forestier, du musée des Beaux Arts mais, ce qui m'intéresse
plus encore pour l'instant d'un parking surveillé à ciel
ouvert. Nous prévenons José Vincente qui ne nous attendait
pas si tôt. Si nous le dérangeons, il ne le montre pas...
et part acheter du saucisson et du vin avec Syméon. Nous investissons
les lieux en déposant nos huit sacs à dos et nos huit bagages
à main un peu partout. Pour nous cet appartement avec deux chambre
un séjour, une cuisine et une sale de bain est un palace. José
Vincente, sans doute habitué à y vivre seul, a du avoir
une angoisse quand même.Nous partageons un petit repas arrosé
au vin chilien. Je ne suis pas entièrement décontracté
car je sais qu'il me faut décharger et recharger la voiture pour
demain matin. Finalement il est trop tard pour le faire ce soir. Je préviens
le gardien du parking que je laisse tous les bagages sur le toit et vais
me coucher.
Lundi 15 mai
Papa et les deux garçons se lèvent à l'aube, pour
organiser le déchargement-rechargement du véhicule. Peu
de mots, des indications précises. Pendant la nuit j'ai mille fois
refait les mêmes gestes. Et cela marche. Tout rentre... et même
un peu mieux qu'à Panama. C'est l'heure du petit-déjeuner.
Puis nous filons avec Gabriel directement vers l'entrepôt de Pudahuel.
Le Land Rover y est pris en charge. Pour une fois ce n'est pas moi qui
le rentrerai dans le containeur. Je signe les papiers de décharge
et me rend au bureaux de Decapack de l'autre coté de la voie rapide.
Mon correspondant m'y attends, visiblement surpris de me voir au rendez-vous
aussi matinal. Une chance car il y a de la place sur le bateau qui part
le18 de San Antonio, ce qui est techniquement possible si la douane suit
! En revanche je ne peux régler la facture par carte bancaire.
Je me dépêche donc de monter dans un taxi pour trouver une
banque ouverte dans le centre. (elles ferment à 12 h ou 13 h).
Je ne peux obtenir que la moitié de la somme en liquide (toujours
cette histoire de plafond de retrait quotidien). Ce que j'avais prévu
en fixant rendez vous à mon correspondant pour le lendemain.
Pendant ce temps Laurence passe la matinée dans la baignoire avec
les enfants et l'après midi dans le parc voisin. Je cherche maintenant
des vols pour la France mais l'agence de voyage consultée me propose
un vol de deux jours en trois étapes pour le 26mai . Peut mieux
faire dis- je à l'employée déjà tout heureuse
d'avoir trouvé sept place pour l'Europe en pleine période
de coupe du monde. Le soir nous regardons un DVD en famille pour faire
baisser la pression qui monte d'un cran.
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