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Mardi 16 mai
Je me présente à l'ouverture de la banque ou l'employée
me délivre avec un large sourire l'autre moitié de la somme.
J'ai des billets plein les poches et je grimpe dans un taxi, toujours
avec Gabriel vers Pudahuel. Je règle ma facture en liquide en sortant
des liasses de billets de chacune de mes poches pour faire le compte,
sous l'il amusé de mon correspondant. C'est tout. Le reste
ses passera sans moi, j'ai signé des décharges sur toutes
les formalités jusq'au port de Marseille. Mon boulot reprendra
là bas. Le sérieux des chiliens m'épate et m'impressionne.
Mon correspondant lève mes dernières inquiétude en
me confirmant que pour eux, une fois le bon formulaire rempli et le travail
de l'agent correctement effectué, les choses se déroulaient
sans ennuis. L'administration est aussi rigoureuse qu'efficace et sans
surprise. Dans le même état d'esprit, je m'étais inquiété
auprès du chauffeur de taxi d'une éventuelle contravention
pour avoir emprunté le périphérique sans le patch.
Pensez-vous me dit il, la compagnie dit qu'il y a des caméras de
contrôle. Tout le monde sait bien que c'est faux, cela coûterait
bien trop cher. En revanche il ne viendrait pas l'idée à
un Chilien de circuler sans le patch. La fraude ne fait donc pas partie
du vocabulaire chilien et je me rappelle que c'est déjà
précisément cela qui m'avait attiré vers ce pays
pour l'adoption il y a quinze ans. J'avais alors mis ce trait de caractère
sur le compte de la sortie d'une dictature, mais les racines de ce pays
de droits me semblent aujourd'hui plus ancienne encore et accentuent cette
"exception chilienne" en pays latin.
C'est donc confiant que je me fais débarquer à l'aéroport
bien décidé à trouver sur place le passage que les
agences ne peuvent me proposer en ville. Je repère un guichet à
l'enseigne de Air Madrid.... pas de chance le courant est coupé
et l'ordinateur ne marche pas. Qu'à cela ne tienne, fort des tarifs
que la compagnie affichait sur Internet ,j'attendrai. Bien m'en prit car
trois quart d'heure plus tard l'employé me débusque un vol
direct pour Madrid et une correspondance pour le vendredi soir (arrivée
samedi soir 20 mai à Paris) à un tarif défiant toute
concurrence.
Je reviens annoncer toute ces bonnes nouvelles à Laurence. Nous
pouvons maintenant profiter des derniers jours pour visiter Santiago.
Ce que nous faisons en repassant par le Cerro Santa Lucia vers le Musée
du Couvent Franciscain
Mercredi 17 mai
Je pars chercher (et payer) les billets d'avion à l'agence centrale
de Air Madrid qui se trouve dans le quartier de Las Condes. J'ai prévenu
la banque en France que j'allais tirer quelques 4500 dollars d'un coup
sur la Gold Mastercard pour éviter des problèmes. De fait
tout se passe bien et nous revenons triomphant avec les billets et des
cadeaux (deux bols) que nous ne savons plus ou caser. Je pars donc acheter
un sac supplémentaire pur tout ce qui ne rentre plus dans nos sacs.
L'après midi nous partons visiter le Musée d'Art Moderne,
un peu petit mais heureusement animée par une classe de dessin
qui permet aux enfants de poser des question sur la différence
entre des oeuvre d'art abstraites et leurs propres gribouillages. L'éducation
se poursuit sur le terrain. Je passe aussi pas mal de temps sur Internet
à préparer la partie "française" de notre
voyage. Que faire à notre arrivée à Orly. Filer vers
le Nord ou se trouvent une partie de notre famille et quelques amis ou
descendre vers le Sud, notre maison et notre village ?
Jeudi 18 mai
Après une matinée passée à préparer
le voyage, nous décidons de passer l'après midi au zoo,
où les petits s'en donnent à cur joie. On y retrouve
des éléphants, l'un des rares animaux que nous n'avons pas
rencontré au cours du voyage avec les girafes. Certes les animaux
nous distraient un peu mais les enfants sont tres excités à
l'idée de prendre l'avion pour l'Europe ; le voyage aller leur
semble tellement loin. Nous visitons surtout le quartier bohème
(oserais-je écrire la "rive gauche" du Rio Mapocho),
qui nous sourit sous le soleil d'automne. Laurence et moi ne nous disons
rien mais nous lisons dans le regard de l'autre un peu de mélancolie
quand nous traversons le grand parc au milieu des feuilles mortes. Qu'allons
nous retrouver à notre retour. Saurons nous conserver tous les
acquis de notre voyage. Nous sommes partis inquiets et stressés,
nous revenons sereins et plus amoureux que jamais. Certes il nous serait
facile de poursuivre notre route maintenant que les automatismes sont
acquis. La réelle aventure aujourd'hui est de négocier un
retour qui ne soit que bénéfice. L'enjeu est de taille.
Physiquement nous n'avons que peu changé, les fatigues du début
du voyage ont été gommées par le mois de bonheur
intense passé à Tomé. D'un commun accord nous décidons
de protéger un peu nos trésors intérieurs , au moins
jusqu'à l'hiver prochain.
Vendredi 19 mai
L'embarquement est prévu pour dix huit heures mais après
un repas rapide et un Dvd pour patienter , les petits ne peuvent plus
attendre. Je connais l'aéroport de Santiago. Il est clair et tranquille.
Je propose à Laurence de nous y rendre plus tôt pour laisser
les enfants goûter un peu plus longtemps de cette ambiance si particulière.
Nous trouvons donc deux taxis qui ont bien de la peine à charger
tous nos bagages et nous rendons donc dans le grand hall des départs.
Cela me laisse le temps de changer mes dernières monnaies. Les
enfants, et surtout les petites sont très fières de porter
(ou de tirer) leurs sacs. Nous passons sans encombres l'enregistrement
et le douanes, un dernier tampon, un peu de temps dans les boutique et
hop, dans l 'avion où déception, l'électronique embarqué
de l'Airbus est définitivement resté au sol. Pas de TV,
pas de film, pas de radio, Syméon fait la gueule. A ce prix là
je m'attendais pour ma part que n'on ne nous serve même pas de repas.
Samedi 20 mai
Mais le vol est direct, le décalage dans le bon sens et nous aurons
quand même à manger.
En revanche à Madrid il nous faut attendre très longtemps
pour récupérer nos bagages qui n'on pas été
mis en correspondance. Il faut sortir des douanes et ré-enregister,
ce qui se fait dans les limites du possible. J'ai a peine le temps de
passer un coup de fil pour confirmer à Denis, mon ami, que nous
arriverons bien à Orly a 21 heures. Dans l'avion nous rencontrons
un jeune couple qui revient d'un pèlerinage à St Jacques
de Compostelle. Ils nous parlent d'une famille nombreuse, franciscaine,
qui les a beaucoup impressionné. Je ne serais pas surpris que ces
deux là nous fassent eux aussi cinq ou six enfants dans vingt ans.
Il m'apparaît alors comme une évidence que le simple témoignage
d'une famille nombreuse heureuse est capital pour l'avenir de nos sociétés
occidentales devenues égoïstes et matérialistes. A
Orly quelle n'est pas notre surprise de trouver notre bande de copains,
toujours les mêmes, déguisés avec bonnets péruviens
et ponchos sous une banderole "Bienvenue à ceux qui ont su
réaliser leur rêves". Il y a là Denis, Philippe,
Cédric, Olivier, et Antoine par procuration puisque nous revenons
dans sa voiture. Nous nous séparons pour raconter chacun nos histoires
dans les deux "Espaces".Je suis fier que mes enfants découvrent
que les amis que l'on se fait à 15 ans sont toujours là
où on les attend. J'espère qu'ils auront à cur
de se découvrir eux aussi de vrais amis . Du coup pas de blues
ni de fatigue. Il s nous déposent chez papy et mamie à Thumeries
avant de filer rejoindre leurs femmes abandonnées à une
fête d'anniversaire. Après les retrouvailles avec les parents
et les grands parents, nous dormons tous dans un lit, sans doute même
dans la chambre de son enfance pour Laurence. Est on revenus pour autant.
J'en doute ?
Dimanche 21 mai
Petit clin d'il du hasard, la messe est célébrée
dans la commune voisine de Pont à Marcq par un prêtre franciscain
qui nous invite dans son homélie à "prendre la route".
S'il savait. Mais il le sait car ici les histoires "de la famille
autour du monde" ont été colportées par ma belle-mère
et mon beau-pères comme d'incroyables supporters. Déjà
respectée dans son village pour ses qualités de douceur,
Laurence l'est plus encore pour son courage. Il n'y a pas une caissière
du supermarché qui n'ait entendu son aventure. Je me demande ce
que cela va donner dans le Gard ou notre témoignage a été
diffusé à la radio. Pour les enfants, cela semble prouver
qu 'ils ont vraiment vécu quelque chose d'exceptionnel et qui fait
envie. Le soir, mon frère Frédéric repasse pour nous
embrasser. Il y a peu de mots pour dire une année passée
sur les routes. Mais nous sommes heureux de partager la joie de se retrouver.
Lundi 22 mai
J'ai des envies de fromages, de pâtés, de vins , de tout
ce que la France nous offre et que l'on ne trouve pas ailleurs. Nous vidons
les sacs et commençons des lessives. Les enfants dorment jusqu'à
midi. Nous trions des photos; il semble que nous soyons partis hier. Cette
impression est accentuée par le fait que nous retrouvions au grenier
les valises que nous y avions laissés avant notre départ.
J'enfile de Jean et le Tee-shirt que je portais avant le départ.
Laurence retrouve une robe, les filles leurs robes provençales...
tout est plaisir
Mardi 23 mai
Nous errons un peu à vrai dire, nous laissant "chouchouter"
par les parents de Laurence qui sont tellement heureux de vivre avec leurs
petits enfants. Je reprend des nouvelles des Editions GabriAndre, je lis
et je signe les bilans 2005. j'écoute et je regarde les gens vivre.
Pour l'instant il me semble que rien n'a changé et que je pourrais
tout reprendre exactement là où je l'ai laissé. En
fait je sais qu'il s'agit là d'un état de grâce qui
ne durera pas.
Mercredi 24 mai.
Il faut un temps épouvantable et je voudrais retrouver le soleil
du Gard. Mais nous avons donné rendez vous à tous nos amis
le lendemain matin férié. Nous continuons a trier et ranger
les photos et les lessives. Ces taches nous rassurent c'est évident.
Jeudi 25 mai
Les mêmes amis qu'a l'aéroport, mais cette fois avec femmes
et enfants. S'il ne faisait pas un temps aussi épouvantable dans
le Nord je serais bien resté quelques jours dans le confort de
cette amitié. Mais je sais que ce sont là des parenthèses.
Toutes l'année, ces amis qui semblent aujourd'hui tellement disponibles
courent après les conduites des enfants, les soucis du boulot et
finalement ne se retrouvent que très rarement. Nous sommes là
aux meilleurs moments, je le sais bien, mais je rêve que la vie
nous laisse plus de meilleurs moments. Les enfants aussi se retrouvent
et après quelques instants de timidité se rejoignent dans
leurs histoires respectives. Eux aussi vont devoir faire le tri entre
leur rêves et la réalité.
Vendredi 26 mai
J'aimerais revoir la mer du Nord et ma mère tout court, ce qui
en l'occurrence est la même chose puisqu' elles s'observent quelque
part sur la côte boulonnaise. Nous prenons donc la route (chic la
route !) pour Le Touquet ou habite aussi le frère de Laurence en
passant par Hardelot pour embrasser ma mère et mon jeune frère
Martin de passage dans le Nord. Y a t il un plaisir plus grand que de
passer du temps avec ceux que l'on aime. J'en doute. Sur la route nous
nous arrêtons au Foyer de Charité de Courset histoire de
faire le lien avec ce que les enfants ont vécu au Chili. Oui il
y a des gens qui vivent en Foyer en France aussi. Retour à Thumeries
en soirée après une journée d'émotion et de
partage.
Samedi 27 mai
Cette fois je suis décidé à repartir. Nous prendrons
le train pour le Gard dès que possible . La gare du village ou
je me rends est fermée pour des raisons obscures. Le vigile n'était
pas à l'heure et l'agent SNCF n'a pas voulu ouvrir au public. Les
langues se délient et tout à coup je comprend que la France
a peur. Elle a peur de la jeunesse, elle a peur des loubards, elle a peur
des étrangers...L'après midi le guichet est ouvert, le vigile
me reconnaît ou peut être est ce son chien qui manifeste une
lueur d'intérêt en me voyant passer. Le vigile est assis
derrière l'agent SNCF, lui même assis derrière son
ordinateur. J'ai vu des vigiles dans chaque magasins en Amérique
latine. Pourquoi donc cela me choque-t-il en France. Je comprends que
mon voyage ne fait que commencer. Pendant un temps ce que je vais voir
ici me paraîtra étranger. Je ne pourrais me déclarer
"rentré" que quand les habitudes auront à nouveau
lissé mon regard sans cesse étonné. Le TGV c'est
très cher le lundi, un peu moins le mardi. Va pour mardi.
Dimanche 28 mai
Cette fois le temps se dégrade au point que mes vêtements
"spécial Patagonie" ne suffisent plus. Mais un dimanche
c'est une bonne table, un apéro qui dure , des tas de visite, bref
une journée que l'on ne voit pas passer d'autant que je ne suis
plus trop habitué à ces long repas familiaux qui le fatiguent
un peu. L'après midi nous passons chez Claire et Jean Paul pour
partager encore un peu d'amour et d'amitié.
Lundi 29 mai
Dernier jour de lessive. On refait les sacs, on lave une dernière
fois les coquillages et on dit au revoir à tout le monde. Je peste
une fois de plus car Laurence à réussi à récolter
plus que ce avec quoi nous étions arrivés.
Mardi 30 mai
Toujours le même problème, comment fait on pour se déplacer
à huit avec tous nos bagages sans notre propre voiture. Heureusement
Claire vient nous chercher pour nous déposer à la gare.
Le TGV nous emporte vers le soleil et vers notre vraie vie, celle qu'on
s'est choisie il y a plus de douze ans déjà. A la descente
du train Anne laure nous attend avec la voiture que nous lui avons prêté
il y a un an. Une nouvelle boucle est bouclée. Nous montons tous
dans le vieux Toyota Prévia au gaz et roulons sur la N 106. A l'horizon
se profilent les premier contrefort des Cévennes. Si tout va bien
nous dormirons ce soir dans notre lit
(à suivre)
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